Dominique Aubier
La connaissance de l’Universel
Entretien avec Dominique Aubier
Propos recueillis par J.P. Laurent, pour la revue Occulture. juillet 1998
Occulture : Comment est vous devenue kabbaliste ? Quels ont été les chocs, les rencontres qui vous ont mise sur cette voie?
Dominique Aubier : C’est une question extrêmement importante. On ne choisit pas délibérément d’entrer dans cette voie. C’est elle qui vous avale. Dans Don Quichotte, le Prodigieux secours, j’ai raconté comment le rapace m’a prise dans son bec. En trois événements successifs :
1 -Au début des années 50, j’ai réussi à entraîner mon mari en Espagne pour les vacances d’été. Il avait accepté à cause de nos amis chiliens qui voulaient visiter la Mère-Patrie. Et voilà qu’à la frontière, notre document douanier n’était pas valable. Il ne s’appliquait pas à la voiture dans laquelle nous circulions. Impossible d’entrer en Espagne. Notre ami qui était ministre au Chili offrit la couverture de son gouvernement afin que le douanier nous laisse passer. Rien à faire. Et moi, qui étais l’imbécile du groupe, je me projette vers l’officier récalcitrant. Je veux voir la corrida de Barcelone. Il se lève, salue: n’aime pas les taureaux. Je veux aller écouter le flamenco à Séville. Il déteste le chant flamenco. J’éclate en sanglots et l’accuse de perpétrer mon divorce. Il prend sa pochette, essuie mes larmes et nous conduit vers une officine où notre problème administratif sera réglé sur le champ. Qu’ai-je dit pour changer son opinion ? Il m’a posé une foule de questions. Le fait est qu’une de mes réponses a emporté sa décision. Laquelle? Quinze ans plus tard, un article de Samuel Cohen, dans le journal madrilène l’ABC, m’apprit que j’avais bénéficié d’une loi franquiste destinée à faciliter l’entrée des séfarades en Espagne, durant l’occupation allemande. Des postes avaient été ouverts sur la frontière des Pyrénées pour procéder au changement des cartes grises et autres formalités. A retardement et sans raison apparente, j’avais bénéficié de cette disposition. Etait-ce pour m’apprendre que j’étais destinée à être traitée en juive et à agir aussi comme telle? Il y avait de l’annonciation, dans l’incident. Mais je n’en ai entendu le message que longtemps après qu’il se fût métabolisé. Quand l’information
m’est devenue intelligible, j’étais suffisamment quichottisée pour constater qu’elle avait dit juste. Le caractère kabbalistique de Don Quichotte m’était déjà connu et j’étais captive de son influence. J’avais même publié mon premier essai sur la question, Don Quichotte, prophète d’Israël, aux éditions Robert Laffont.
2 -Sur le moment, être entrée en Espagne sous les auspices du ciel, me rendit insupportable. Tout ce qui était espagnol m’appartenait. Cet impérialisme féminin irrita fortement notre ami. Il osa me contrarier sur le nom d’une race de taureau. Pour justifier ma science, je lui présentai le dictionnaire taurin, où était tout écrit ce que j’affirmais. Monsieur le Ministre déclara qu’il ne croyait pas à l’imprimé. J’en fus indignée jusqu’à la moelle littéraire des os. C’était à Tolède, nous dînions dans le restaurant chic de la ville en l’honneur de l’Assomption. Je m’appelle Marie-Louise et dans ma famille, les Marie se fêtent le 15 août. La contestation tombait mal, en pareille circonstance. Je quitte la table avec fracas. Il fallut me rechercher dans la foule qui célébrait la grande patronne de la ville. Ce fut la mission de l’épouse du ministre. Pour me calmer et ramener au bercail, elle présenta les excuses de son mari, donnant une explication des plus inattendues:
De l’Espagne et de l ‘Hispanité, nous les chiliens, nous n’avons gardé que Don Quichotte.
Quoi? Don Quichotte? Je vitupérais tout mon saoul. Qui était Don Quichotte ? Pour moi, un illustre inconnu. C’est à peine si je connaissais son nom. J’avais bien retourné son image sur le dos de ma main, en décalcomanie, quand j’étais enfant. L’imbécile attaquait des moulins à vent… Tout à coup, quelque chose me touche dans la tête, comme l’embout rond d’un fil électrique. Quelque chose qui me conseille de ne pas insister. J’en reste coite, en face de mon amie. Elle s’appelle Maria Luisa Sefioret. Elle est blonde, moi, brune. Elle me renvoie mon image en négatif. Et son nom m’apprend que je suis une Marie Louise qui s’ignorait. J’avais trente ans. C’était la première fois que la vie jouait de ce genre de castagnettes pour attirer mon attention sur le langage du destin. Aujourd’hui, je ne rate plus un seul de ses claquements. Cet incident, je l’ai peut-être vécu en kabbaliste sans m’en douter. La Kabbale est la science du réel. Il ne faut pas s’étonner si le réel nous met en situation de kabbaliser, du fait de sa propre science. Ce que je puis affirmer c’est que la capacité d’écouter le réel constitue une partie importante, sinon le fin du fin de la méthode initiatique. C’est en cela qu’elle est réaliste.
OCCULTURE: … cette sensibilité aux signes. Est-ce vraiment l’essence de la Kabbale?
D.A. : Oui. Sans la lecture quotidienne des signes, jamais les fortes têtes juives n’auraient écrit la Bible, les Talmud, et les grands ouvrages de Kabbale. Et aucune tradition au monde n’aurait eu de fondateur. Que voulez-vous? Nous ne sommes que des capteurs d’informations. Celui qui parle, c’est le système du réel. C’est lui qui nous enseigne ce qu’il est et ce qu’il sait. De là qu’il soit “scientifique” d’apprendre l’hébreu et de comprendre la symbolique de lettres de son alphabet. Parce que c’est la langue maternelle du réel…
OCCULTURE: Mais il y avait un troisième clou à votre porte d’entrée dans la Kabbale. Qu’était-ce?
D.A : Vous avez raison de vous en inquiéter. Les choses ne sont complètes qu’au prix de trois macérations dont les résultats s’intègrent les uns dans les autres.
3 -Eh bien, au retour d’une de mes équipées tauromachiques, j’ai écrit un petit livre Vive ce qu’on raconte! publié par les éditions du Seuil. Je ne savais quelle fin donner à l’histoire. Une voiture écrasée dans le sable qu’il fallait soulever. Je suis allée sur les quais de la Seine, avec mon chien, chercher un grutier qui m’explique le fonctionnement de sa machine. Au retour, au lieu de reprendre le roman au point où l’intrigue s’était arrêtée, j’ai raconté ma rencontre avec cet homme et l’histoire est repartie. L’éditeur a beaucoup aimé cette rupture de ton, mais Jacques Laurent, alors critique dans Arts, y vit un crime contre la loi des genres. Bien commencé, le roman tournait mal, sectionné par dix pages d’essayiste. Sur quatre cents articles de presse qui célébraient mon petit travail, c’était le seul qui me coupait la tête ! Mais c’était la mienne! Je tenais à la sauver. J’allais d’amitié en amitié, pleurant la tristesse de mon sort d’incomprise, demandant secours. Ce grand chagrin amusa beaucoup le directeur de la Librairie espagnole, rue de Seine. Il m’invita à cesser ma comédie si je ne voulais pas que l’on découvre le plagiat. Et il m’accusa d’avoir démarqué Don Quichotte, sans citer mes sources, bien entendu.
Plagié Don Quichotte? Un livre que je n’avais jamais lu. Le cinglant de l’accusation m’avait blessée plus que l’imputation elle-même. Je me plongeai dans la lecture de Don Quichotte, dans un esprit d’enquête. En détective parti à la poursuite de son propre crime. Effectivement, il y a, dans le roman de Cervantès, un chapitre où l’auteur s’interrompt de raconter et va à la recherche des renseignements qui lui manquent. Il les trouve sur la place du marché à Tolède. Sous la forme d’un manuscrit écrit en langue sainte. Tolède. Place de l’Alcana ! C’est exactement là que Maria-Luisa Sefioret m’a parlé pour la première fois de l’Hidalgo. Tolède, en hébreu Toldoth, cela veut dire générations. Les lieux savent des choses qui nous concernent. J’ai dû être engendrée kabbaliste à Tolède! Ou alors, la coïncidence tenait -elle à me faire remarquer qu’on devient; kabbaliste par engendrement spirituel…
OCCULTURE: Vous avez lu l’Histoire de l’Ingénieux Hidalgo en entier et vous avez été séduite?
D.A. : Le pire est arrivé. La médiocrité de mes moyens intellectuels m’a épouvantée. Par comparaison avec ceux de Cervantès, comprenez-vous ? J’étais très soucieuse de modernisme. J’avais cru découvrir une modalité d’écriture et voilà qu’un écrivain espagnol l’avait utilisée trois siècles avant moi, et magistralement. Il y avait quelque chose de boiteux, dans l’affaire. Est -ce que la culture française était en retard sur celle de l’Espagne? Toutes sortes d’inquiétudes me jetèrent dans un examen féroce des valeurs auxquelles je croyais. Et je croyais beaucoup au savoir objectif. Il m’a été d’un grand secours. Je tenais à vérifier mes capacités mentales, aussi bien que celles de l’Hidalgo, réputé fou. La neurologie du cortex, les sciences gnostiques, sans oublier les ouvrages de Kabbale n’étaient pas de trop pour se forger une opinion. Cette étude s’avéra des plus fructueuses: elle me rendit capable de comprendre en quoi consistait le pseudo-plagiat qui était à l’origine de mon aventure La rupture du romanesque interprétait un mécanisme d’esprit qui se produit dans tous les cerveaux lorsque l’énergie évolutive passe de la couche III à la couche IV. La conscience quitte l’aire du symbolisme et pénètre dans l’espace où l’expérience a besoin du langage direct. Je n’avais rien plagié, mais reproduit un mouvement d’écrou qui s’était opéré en vrai dans mon esprit. Cervantès en maîtrisait génialement le phénomène. Je pus mesurer l’ampleur de sa compréhension. Il disposait de la science de l’esprit. J’en avais subodorée la puissance dès ma première lecture et c’est ce qui m’avait rendu positivement jalouse de son talent. Comment rattraper pareil état d’esprit? Celui du Prince des génies! Pour me l’accaparer, au début, je n’avais trouvé qu’un seul moyen : lire, relire, sur-lire Don Quichotte, l’absorber en véritable cannibale. Pierre Durnayet se moquait beaucoup de mon enfermement dans un seul livre :
Mais tu fais de la monoculture! Je lisais “double”, en louchant entre la version espagnole et la traduction de Louis Viardot.
OCCULTURE : Un proverbe dit méfie-toi de l’homme d’un seul livre.
D.A. : Oui, mais il y a des livres qui demandent à être mangés, manduqués, et ce ne sont pas ceux qui forment des esprits fascistes.
OCCULTURE: Quand j’étais étudiant j’ai eu un professeur de philosophie, qui conseillait de se méfier de toute unanimité. Il précisait que, selon les lois de la Thora, un jugement de justice, rendu à l’unanimité du tribunal, est sans valeur. Non seulement il n’est pas accepté mais l’accusé est relaxé.
D.A : Eh oui, l’unanimité n’est pas “kacher”. Non conforme à la réalité. Elle ne respecte pas le dispositif duel de la structure absolue. Dans un cortex, il y a deux hémisphères dont chacun a le droit d’opiner, sinon il y a dysfonctionnement, hémiplégie.
OCCULTURE : Et que vous ont appris ces trois événements enchaînés ?
D.A : C’était comme s’ils avaient ensemble écrit une seule phrase. Entre en Espagne, nul ne pourra s’y opposer, découvre Don Quichotte et apprends les lois de l’esprit. Tu les ramèneras en France en temps voulu. D’ailleurs, un jour, la précision s’est formulée. Je vivais en Andalousie, dans un petit village de pêcheurs, quand un matin, ma secrétaire me réveille : venez-voir la place ! Une armée de fantassins se déployait le long de la route entre sable et cactus. Un coup de téléphone m’apprend que je suis convoquée à l’Ayuntamiento. Un élégant officier de la Guardia-Civil m’y reçoit, pour me faire subir un interrogatoire. C’était le colonel Atares, l’oncle de Carlos Saura, le cinéaste et d’Antonio Saura, son frère, peintre célèbre, alors mes amis. Il me demande si je fais du trafic d’armes. Je suis loin de penser à de la contrebande !
Oui. Bien sûr. Je récupère toutes les armes qui sont dans Don Quichotte, pour les faire passer en France, clandestinement, à cause de la rationalité-gendarme qui tient mon pays sous son joug.
Il me demande de m’expliquer. Je me lance dans une fougueuse analyse des valeurs épistémologiques actives dans le roman de l’Hidalgo. Il m’écoute avec une satisfaction distinguée tout autant que sévère. Brusquement, il me baise la main :
Suerte!
Il m’a souhaité bonne chance et sans ironie. Ce jour-là, il est sorti de ma propre bouche que j’introduirai, un jour, les armes de l’esprit dans l’Hexagone. Au moment où je l’ai dit, je n’étais pas capable de le faire. Mais mon ange-destin savait que j’y parviendrai. Trente ans plus tard. Et j’ai en partie réussi puisque La Face cachée du Cerveau existe.
OCCULTURE : Comment avez-vous découvert que Miguel de Cervantès pouvait être kabbaliste ?
D.A : En lisant obstinément Don Quichotte, j’ai été sensible, à l’oreille, à la pression constante de l’allusion, une allusion permanente, centrée sur un seul objet, qui, par moment, à cause de certains mots répétitifs, semblait désigner le Judaïsme. C’était de l’ordre de l’intuition mais l’hypothèse méritait d’être considérée. Je me suis adressée au directeur de la revue Esprit pour qu’il me mette en rapport avec un juif capable de m’éclairer. Alexandre Derjansky s’est présenté et il m’a proposé de le cribler de questions décrivant ce que j’avais observé de typique, dans Don Quichotte. C’était comme une scène de Molière. A chacune de mes observations, Derjansky opinait de la tête. Oui, c’est thèse juive. Jusqu’à ce qu’il me dise:
Vous avez passé le plus difficile. Vous savez tout ce qu’il faut savoir. Je n’ai qu’à mettre l’étiquette: Kabbale ! Kabbale !
Il me fit une impressionnante liste de livres à lire et c’est ainsi que j’ai découvert l’hébreu. A l’école, je n’ai appris que l’italien et l’allemand. Je ne connaissais ni l’espagnol nécessaire pour lire Cervantès dans le texte, ni l’hébreu, indispensable pour saisir le système de pensée kabbalistique. Hiatus terrible mais j’étais inconsciente. Et ce fut ma chance. Je n’ai pas eu peur de me lancer dans une étude dont je n’avais pas l’idée. Je me suis comportée naïvement comme le lieutenant Colombo en train d’enquêter sur un meurtre commis dans un milieu professionnel dont il ne sait rien. Le cirque par exemple. Il lui faut tout apprendre: les mœurs qui ont cours sous le chapiteau, les truquages etc. J’étais fortement motivée: par une extrême curiosité, d’abord, mais aussi par le sentiment aigu de jouer ma vie. Je me suis acheté une méthode, un dictionnaire et vogue ma galère! Je suis restée en mer plus de trente ans.
Entretien avec Dominique Aubier C’est une merveilleuse manière d’entrer dans un sujet : seul dans sa barque, guidé par sa bonne étoile. Et une pinte quotidienne de science infuse! La Kabbale a un passé, une longue mémoire, Cervantès en a intégré la puissance à l’endroit le plus intense de son courant. Kabbale, cela veut dire prendre et restituer. Tradition par extension. Prendre le message divin et le relancer. Ce message a sa force propre. Il agit tout seul. On ne fait que se rendre capable de comprendre ce qu’il dit.
OCCULTURE: Comment s’est établie la doctrine de la Kabbale? Qui a posé la signification des lettres de l’alphabet hébreu, tant numérale que philosophique?
D.A : A l’origine, il y a la décision divine de livrer le secret de la Création. L’homme a été créé pour en devenir le réceptionnaire. Dès que l’essor biologique se termine et que commence l’ère historique, l’évolution file droit au but: rendre humainement intelligible le mode d’emploi de la conscience et du réel. Le processus civilisateur s’enclenche ainsi. La tradition hébraïque est son moteur. Selon le Zohar, l’Eternel a créé le monde en utilisant un logiciel, les vingt deux lettres de l’alphabet. Un véritable logiciel d’informaticien. Doué d’une combinatoire. Il y a le référent de base, le socle et les empreintes que lui sont les lettres. Chaque glyphe s’enracine sur une situation-clé du référent de base. Mais celui-ci n’apparaît pas. Il est sous-entendu, impliqué. Invisible dans la structure de l’alphabet. Le retrouver, le reconstituer est indispensable si l’on veut maîtriser le système alphabétique. C’est pourquoi il existe en hébreu, deux sortes de lecture: celle des mots, celle des lettres. Par les mots, l’hébreu se pratique comme n’importe quelle langue. Par les lettres, c’est autre chose. Ce qui se lit touche au référent caché. Si l’on connaît le référent de base, le socle impliqué, on atteint le sens. Et c’est tout le problème.
OCCULTURE: Que dire de ce référent de base?
D.A : Il est invisible et condamné à demeurer occulte, dans le non-dit, même celui de la tradition orale, jusqu’à ce que l’évolution en sécrète les éléments objectifs. Mais les initiés de toutes les époques ont su qu’il s’agissait de la tête, la tête fonctionnelle, parlante, le cortex, dirons-nous, en langage moderne. Et si moi je sais que tel est le mystère, c’est que Cervantès me l’a appris. Au chapitre de la Tête Blanche. Je me tue à le dire depuis que je l’ai compris. Eh bien, c’est un concept qui ne passe pas la rampe. On dirait que personne ne veut savoir de quoi il retourne. Ni juifs, ni chrétiens, ni tibétains, ni bouddhistes, ni aucun maître de tradition, moins encore les scientifiques. J’en ai décrit la table périodique des valeurs dans La Face cachée du Cerveau.
OCCULTURE: Dans ce livre, vous citez bien des scientifiques, Rémy Chauvin, François Gros, Jean-Pierre Chanceux. Vous ont-ils lu et si oui, comment ont-ils réagi?
D.A. : Officiellement, l’ouvrage n’existe pas. Il s’en est vendu deux éditions complètes. Et il est lu. Mais cela ne se sait toujours pas. Il n’y a guère que quelques fidèles lecteurs et moi-même qui puissions suivre les effets qu’il produit. Aux traces… Aux empreintes qui agissent dans les esprits et suscitent des réponses, des comportements, que vous dire? Que ce livre inspire bien des personnes qui évitent de me citer? Je pourrais me plaindre d’être pillée, et souvent fort mal, mais comme il s’agit d’une vérité donnée par l’Eternel, comment voulez-vous que je prenne un brevet ?
OCCULTURE : Pouvez-vous procéder à l’analyse d’une lettre de l’alphabet?
D.A.: Laquelle?
OCCULTURE : La plus facile à expliquer. Ou celle que nous aurions le plus grand intérêt à connaître …
D.A. : Alors, c’est le Tzadé. Dixhuitième lettre de la séquence, elle admet deux formes. Regardez-la d’abord à l’endroit de ses nids, dans l’arbre alphabétique.
Deux jumelles qui n’ont pas la même fortune! Celle de droite est bien assise. Celle de gauche envoie une racine pivotante dans le soi, comme un palmier. L’une et l’autre sont pourvues de deux têtes, comme l’aigle impérial.
DESSIN23
Occulture : Cela fait penser aussi à une langue bifide.
D.A. : C’est le cas. Il y a droite et gauche en chacune d’elles. Si l’on observe de très près les formes, on constate que le Tzadé 900 est de mauvaise humeur. Il écarte de lui sa moitié de droite et préfère aller de l’avant, avec sa face gauche. Le Tzadé 90, lui, est tranquille comme un yoguiste en position de lotus. Cependant, les deux glyphes ensemble composent un super-duo. Si le référent de base est le cortex, comme je me suis autorisée à le dire, qu’est-ce que ce duo? Il réfère au dispositif de la substance grise, repliée en deux hémisphères symétriques. Bien entendu, le cortex donne seulement une image du référent de base. Je dis qu’il donne une image car le cortex est une acquisition biologique. Le référent de base, lui, a été fixé par le logiciel créateur en toute indépendance des structures qu’il susciterait. L’alphabet fait depuis toujours le relevé des seuils de fonctionnement d’un cortex doué de la faculté de parler et de rire, mais cette structure n’est apparue visiblement dans l’homme que longtemps après. Le support objectif qu’est pour nous la présence substantielle du cortex dans nos têtes n’existait pas quand l’alphabet a été conçu. Le référent a été choisi et fixé avant de se métaboliser et sans avoir à l’être, la Pensée divine se suffisant à ellemême. Il est donc par nature invisible dans la séquence alphabétique. Laquelle en décalque idéalement le fonctionnement. Mais pour la commodité de l’intelligence, il est sage et prudent de s’appuyer sur la description neurologique du cortex. Nous vivons dans un monde matériel et nous devons accepter que l’esprit soit derrière les choses. A l’abri de ces précautions de raisonnement, je puis dire que le Tzadé 900 loge dans un hémisphère et le Tzadé 90 dans l’autre. Le 900 est le miroir déformant du 90. Visiblement, la branche qui porte le Tzadé 900 est de nature quantitative. Regardez les valeurs numériques qui s’échelonnent sur elle: 500, 600, 700, 800 et 900. En face, les valeurs numériques grimpent des unités aux dizaines et des dizaines aux centaines, logiquement. Il y a donc deux rythmes d’évolution l’un qui se précipite, qui explose et s’arrête brutalement ; l’autre qui avance comme la tortue et, petit à petit, va jusqu’à la fin. Et les deux procédures n’ont pas le même style, le même comportement, la même humeur. Le Tzadé 900 est rapide, pressé, dirigé vers sa gauche, centrifuge. Le Tzadé 90 est posé, concentré, méditatif. Le 900 se heurte très vite à un mur. C’est l’endroit que les physiciens de la thermodynamique appellent l’entropie maximale. Le lieu fameux où le chaos tend à retrouver l’ordre, selon les ultimes découvertes scientifico-mathématiques. Mais qu’est-ce que le chaos et qu’est-ce que l’ordre ? Les sciences n’en donnent qu’une image vue de loin. L’alphabet rapproche les choses et montre qu’il existe deux sortes de fin de cyclique. Celle de la gauche en Tzadé 900 et celle de la droite, en Tav, dernière lettre de l’échelle. Le Roi David s’inquiétait beaucoup au sujet de ces deux fins possibles. Où la mort lui donnerait-elle rendez-vous ? Au pied du Tzadé final ou sur la dernière lettre de l’alphabet? C’est une question que tout homme devrait se poser. Et si ce n’est pour lui, personnellement, pour la gouverne, au moins, des cycles sociaux et civilisateurs.
Occulture : Mais c’est grave, cette inégalité! C’est comme si, au bout d’un moment, on se retrouvait avec une seule moitié de cerveau.
D.A : Anatomiquement, les deux masses ne changent pas. C’est leur exercice qui n’est pas égal. En cet enseignement réside, à mon sens, la première grande leçon que donne le Tzadé. Le “qui Sait” reste en fonction jusqu’à épuisement de la structure, tandis que le “qui Fait” est prié de prendre sa retraite, comme un bon ouvrier, à soixante ans sonnés. Le savoir scientifique en matière d’évolution ignore superbement cette contrainte. La rationalité et la science se situent entre le 500 et le 900, tandis que la connaissance initiatique va de l’Alef au Tav. Or, c’est tout juste en cela que réside la crise insolvable qui nous tourmente. Nous n’avons pas su arrêter la branche quantitative au moment où son ralentissement d’activité n’aurait pas fait grand mal. Nous avons continué à vivre sur la lancée explosive, expansionniste de l’évolution scientifico-technologique, et nous avons dépassé le niveau du Tzadé 900. En conséquence, l’énergie évolutive ne s’est pas repliée sur le côté qualitatif. Résultat? La connaissance initiatique manque. Son instruction fait défaut. Les directives qu’elle donne ne sont pas connues. Situation culturelle à rectifier. Et d’urgence.
Occulture : La notion de cycle débouche sur l’idée de retour du même. Pas à l’identique, toutefois! Elle implique donc une prévisibilité des événements. Par ailleurs, la puissance d’un système s’évalue à sa capacité d’anticipation. Par exemple : la théorie de la Relativité prévoyait la courbure de la lumière à l’approche d’un astre. Certaines expériences ont permis de le vérifier. Qu’en est-il de la capacité de prévoir du système Alef ?
D.A : Le système Alef décrit le fonctionnement interne d’une matrice unitaire. Il est, par définition, l’image prévisionnelle de toute évolution en cycle. Il n’est même que cela ! Un tableau rythmologique de l’inévitable. Mais un “inévitable” brossé à grands traits, qui constitue seulement un canevas sur lequel la réalité brodera ses incessantes innovations. Le plan est dessiné mais le programme est à vivre. Astucieux équilibre entre le guidage et l’inventivité. La connaissance préalable du système absolu n’est qu’une aide, une carte sol-sol permettant de reconnaître le terrain… quand il sera là. Regardez la table des valeurs périodiques du modèle absolu. Aussitôt, vous saurez tout ce qui peut se passer de A à Z pour ne pas dire l’Alef au Tav. Vous ne le saurez que théoriquement. La qualité objective des réalisations, vous ne les verrez pas. Le temps les distillera et la vie. Et c’est en observant les comportements objectifs de la vie, les créations déposées dans la réalité au fil du temps, que vous vérifierez la validité extraordinaire du système directeur.
La prévision est totale, bien qu’exprimée par des repères qui ne contiennent pas les faits. Il faudra que les événements viennent en occuper les sites. Par exemple : une vie commence. Elle se développera sur six couches. Elle passera par trois niveaux d’organisation, plus le quatrième si elle ne meurt pas sur le Tzadé 900. Chaque niveau a son style d’action. Connaître leurs nuanciers est d’une grande utilité pour faire le point dans des situations collectives ou celles, subtiles, de la pensée et de l’action. Les passages d’un niveau à l’autre pourront être contrôlés puisque le système Alef sait comment s’accomplissent les transitions. Il y a toute une technique initiatique du relais. Le même tableau théorique indique les points névralgiques. Quant à négocier la conduite idéale à tenir, en toute circonstance, c’est l’affaire d’une adaptation de plus au fonctionnement du système Alef. La lecture des signes en est une application. Rien n’est plus inventif que la vie, pourvoyeuse incessante et généreuse de signaux. Savoir les décoder, c’est s’ajuster à sa dynamique, aller du même pas qu’elle, avec simplement un temps de retard. Nous sommes des soldats qui ne peuvent pas sautiller un petit pas de basque pour se mettre exactement en face de la vie. Mai on peut faire en sorte que le recul soit minime. Certes, cela n’empêche pas le destin d’avoir son influence. Mais on peut prendre note de ses consignes et les gérer avec habileté puisqu’elles ne nous claquent pas au nez.
Occulture : La surface de la Terre est, elle aussi, divisée en zones ayant des fonctions spécifiques. Quelle est la mission impartie à la France?
D.A : Demandez-le à la Bretagne, grande gueule avancée dans l’Océan, en direction de l’Amérique. Il faudra bien, à la fin, qu’elle dise ce que le système de vérité lui aura mis en bouche. A condition qu’elle l’ait appris et ne se contente pas de rêver d’une conscience planétaire qui nous coifferait de son nuage, comme c’est la mode aujourd’hui. La vocation de la Gaule, comme ce nom l’indique, c’est de révéler la vérité toujours en exil dans le trésor symbolique du Sacré. C’est d’en rationaliser les mystères. Je dis bien: rationaliser! Et non pas “bla-blater” des mollesses soi-disant spirituelles, justifiées par de bonnes intentions. L’enfer de l’esprit en est pavé. Le paradis, lui, s’édifie sur une solide et rigoureuse méthode, fondée sur la connaissance intellectuelle des lois du système Alef. Ne pas confondre le sympathique et l’intelligent, le sentiment et la conscience.
Occulture : Il ne suffit pas d’être gentil, végétarien et écologiste. La morale, telle qu’elle se mâchouille partout, ne sert à rien. Je préfère une fripouille intelligente à un honnête homme stupide, dès lors qu’ils occupent des responsabilités importantes. Ceux chez qui l’intellect se développe au point d’atteindre la maîtrise sont nécessairement pris dans le flamboiement de la vie. Qu’irait-on leur reprocher la brûlure des passions ? Jésus n’aimait pas les tièdes. La vraie chaleur humaine se forge au feu de l’intellect et de la connaissance. Et c’est à ce niveau qu’elle se partage le mieux.
D.A : Vous me comblez d’aise. On me reproche toujours de marcher sur les pics du savoir et de la réflexion et de ne pas baigner dans la mare des sentiments, même les meilleurs. Le talmudiste David Banon, dans son livre La lecture infinie, dit que l’amour de Dieu n’est pas un cri mais une intelligence. Et moi, j’ajoute, il ne suffit pas de le proclamer. Il faut apporter les moyens d’accéder à l’intelligence. L’esprit est en toute créature. C’est l’outil pour l’aiguiser qu’il faut mettre au point, désormais. Nous aurons à nous en servir. Parler, expliquer la loi naturelle, l’interpréter, la propager, la proposer à toutes les cultures traditionnelles qui attendent de se comprendre, les aider à avoir l’intelligence d’elles-mêmes, rassembler leurs expériences, les unir dans une vérification générale de la vérité donnée au commencement. Réfléchir à neuf à tous les problèmes ; enseignement, justice, physique, assurer la fastueuse liaison de la Connaissance sacrée et du savoir profane. Offrir à l’humanité les fruits de cette savante réflexion, de ce qui peut sembler une nouvelle anthropologie et qui n’est que la science de l’Homme offerte par le Créateur et assumée par la conscience. C’est là l’instrument éternel, celui qui permet d’intégrer les différences dans une synthèse qui, loin d’abolir les particularités, les rend à leur puissance d’être, au génie de leur origine. La France doit refaire le monde.