Connaissance de l’Islam

Dominique  Aubier

La connaissance de l’Universel

Lumière sur Lumière

Par Dominique Blumenstihl-Roth

De l’Orient à l’Occident il y avait une vaste mer.

Alors les Anges me dirent : Entre dans cette mer

et nage jusqu’à l’Occident.

Je viens de vivre une métamorphose curieuse : j’avais décidé de lire le Jasmin des Fidèles d’Amour du soufi Rûzbehân. Le titre m’avait frappé. Je devrais dire attrapé. Croyant rencontrer, dans l’ouvrage traduit du persan par Henry Corbin, le rythme, les images, le langage de la poésie la plus chère à la sensibilité musulmane, je me suis laissé prendre au piège du parfum d’amour. Le mot ne réfère-t-il pas à l’aventure la plus tentante et la plus universelle qui soit pour l’être humain ? Je n’ai pas pris garde au fait qu’il s’alliait à la notion de fidélité propre à certaines catégories de personnes : les Fidèles d’Amour, autrement dit les initiés sachant apprécier la fragrance du Jasmin spirituel. Sans m’attendre à de l’érotisme sublimé, je me préparais à jouir d’une certaine exaltation d’âme. Quelle ne fut pas ma surprise de voir que j’avais affaire à un traité symbolique de la valeur normative propre à la Connaissance que Dominique Aubier appelle l’Union des Contraires, expression que l’Alchimie a d’ailleurs largement utilisée dans le même souci de désigner, au plus près de son style fonctionnel, l’archétype propice à la fécondité issue d’une juste synthèse.

Loin d’assister à une promenade guidée par la Carte du Tendre, je me suis retrouvé en visite dans un atelier de sévérités intellectuelles, tout étonné d’être le responsable de la substitution. Car la transformation des essences poétiques en règles de raisonnement sacré, c’était mon esprit qui la produisait, tandis que mes yeux lisaient. J’ai bien vu à quoi tenait le changement. Il était dirigé par les références initiatiques dont j’ai appris l’existence et le jeu auprès de Dominique Aubier. C’était comme si la table des archétypes et la manipulation qu’on en peut faire s’étaient mises toutes seules à frôler le langage du soufi, lui faisant dire, à la fois, ce qu’il disait et ce qu’il entendait évoquer. Les règles de pensée que n’importe qui peut découvrir dans la Face cachée du Cerveau agissaient comme des caresses sur les propositions poétiques du soufi. Et comme une caresse fait vibrer un corps, de la même manière les références intégrées en 16 ans de soumission à mon maître soulevaient les images, les dotant d’une volupté conceptuelle inattendue.

Le langage de Rûzbehân s’insère dans le symbolisme propre au XIIe siècle iranien. Le discours de Dominique Aubier actualise les règles du système de pensée sous-jacent au symbolisme d’inspiration sacrée. Et voilà qu’entre les deux, l’effusion se produisait. J’étais en train de lire un texte ésotérique dont le sens est considéré comme fermé, en dépit de la séduction qu’il exerce, et je le comprenais. Cela s’est fait spontanément. La montée au sens, comme dit Dominique Aubier, s’opérait automatiquement : le métaphorique du langage médiéval s’évaporait et retombait en idées percutantes. Joie intense de l’esprit percevant l’effet de la lumière se posant sur la lumière !

Tout d’abord, j’ai été surpris de pénétrer la pensée d’un grand initié, de me retrouver sur la même longueur d’onde que lui. Rûzbehân, depuis l’Orient du XIIè siècle, s’exprime dans le langage le plus ajusté aux capacités de son temps. Son télégramme nous arrive via la superbe traduction de Henry Corbin. Et moi, 8 siècles plus tard, en Occident, je reçois et comprends le câble. Je sais bien à quoi et à qui je dois cette chance. J’ai l’énorme avantage d’avoir acquis la formation intellectuelle la plus adéquate aux besoins modernes de comprendre et j’en dois le trésor au maître occidental ayant mis à jour les critères de la Connaissance : Dominique Aubier, mais oui, une femme. Ai-je lu le Jasmin des Fidèles d’Amour en un moment de grâce ? J’avais soudain le sentiment précis d’occuper une tribune donnant vue sur l’intelligibilité de toutes choses. Puis, l’enthousiasme s’est éteint. Une inquiétude m’a assombri : qui, aujourd’hui, peut lire le texte de Rûzbehân ? Pourtant, l’homme moderne cherche souvent à affronter la pensée traditionnelle. Les sciences humaines ont vocation à le faire. Ethnologues et anthropologues s’en vont sur tous les fronts étudier les us et coutumes des peuples ou des tribus. Avais-je découvert d’expérience le moyen idoine ? Bien sûr, je ne me suis pas estimé le découvreur de la méthode qui venait de permettre le miracle de comprendre. Je savais, pour l’avoir entendu souvent dire par l’auteur de La Synthèse des Sciences, que le révélateur patenté de tous les symbolismes résidait dans une table de critères dont la clé avait été donnée in illo tempore. Mais c’était comme monter pour la première fois en avion. Il y a loin entre le baptême de l’air et le fait de savoir qu’existe un appareil qui décolle du sol. Me pardonnera-t-on d’être si fier de ma performance que je ne puisse réprimer le désir de la communiquer ? Voulez-vous éprouver, vous aussi, l’insigne plaisir d’intégrer ce qui arrive du passé, quelle que soit la voie qui vous tente?

Disposer de la grille de lecture adéquate est la première obligation. Il faut connaître le Code des lois herméneutiques. Le plus simple est de l’apprendre comme il se donne aujourd’hui dans La Face cachée du cerveau. Lire également L’ordre Cosmique. Se munir de ce viatique avant de poursuivre la lecture de cet article. Patience. Je voudrais bien qu’il serve d’exemple, ou tout au moins de témoin, de l’efficacité de lire le passé à la lumière du Code actualisé au présent, quand le climat intellectuel est celui du Sacré. Mais aussi celui de la revendication d’une époque.

Le Dévoilement des Secrets

Rûzbehân naît en 1128, en Iran, dans la ville de Pasâ. Son nom lui porta-t-il chance : L’homme au destin heureux ? Sa longue carrière d’initié couvrit tout son siècle. Il écrivit de nombreux livres, fonda son école qui fit autorité pendant plusieurs générations dans un Iran éclairé par le soufisme.

Le Dévoilement des Secrets (Kashf al Asrâr) est un récit autobiographique où il décrit les étapes mystiques de sa formation intellectuelle, ponctuée d’expériences visionnaires. De sa vie privée nous n’avons que de parcimonieuses indications, elles ne manquent pas d’humour : « Je suis né parmi les ignorants, des gens qui étaient la proie de l’inconscience et de l’erreur, grossiers et vulgaires, pareils à des ânes fuyant effarouchés devant un lion. J’atteignis l’âge de trois ans, lorsque surgit cette question dans mon cœur : où est ton Dieu et le Dieu des créatures ? »

A quinze ans, nouvelle perception des mystères. « A cette époque, je voyais tous les êtres comme transfigurés en beaux visages, et tandis qu’ils se présentaient ainsi à moi, leur beauté m’inspirait le goût de retraites méditatives, de psaumes confidentiels. » Cette sensibilité à l’Absolu distinguera Rûzbehân tout au long de sa vie : « plus on est proche de la source de la beauté, plus on est proche du pacte de l’amour. » Plus la constitution d’un être est subtile, plus son corps est raffiné, plus son âme est noble, et plus son habitacle est transparent aux substances de lumières primordiales. Pour percevoir la beauté, l’apprentissage de la vision devient l’exercice obligatoire, car seul est capable de voir l’œil qui, en voyant, est certitude.

Un soir, Rûzbehân quitte sa maison, se dirige vers le désert dans l’intention d’y faire ses prières. Soudaine apparition d’un être d’une grande beauté ayant l’apparence des shaykhs soufis. Rencontre-choc : Rûzbehân s’en va vivre dans le désert pendant toute une année dont chaque jour s’illumine d’une vision fulgurante, suscitant des états d’extase. Au cours de l’une de ces visions, une voix céleste lui dit : « Ô Rûzbehân! Je t’ai choisi pour être un Initié, un Ami, je t’ai choisi pour l’amour, tu es mon Ami. Ne cède pas à la crainte, ne cède pas à la tristesse, car je suis ton Dieu et je prends soin de toi dans tout ce que tu te proposes. »

Qui est le mystérieux personnage rencontré un soir aux portes du désert ? Un être de chair et de sang, une apparition ? Le jeune Rûzbehân a trouvé son maître. Il se déclare disciple du Khezr, le décret. Nouvelle apparition, nouvelle vision : « cette fois, il m’apparut que j’étais dans la montagne de l’Orient, et il y avait là un groupe d’Anges. De l’Orient à l’Occident il y avait une vaste mer. Alors, les Anges me dirent: Entre dans cette mer et nage jusqu’à l’Occident. »

Entre dans la Connaissance et dirige-toi vers l’Ouest. Rûzbehân connaît le lieu où se réalisera le Dévoilement des Secrets. Et pour préparer l’opération révélatrice, il écrit. En prélude nécessaire à la Rencontre des Amants qui doit se produire au futur, dans la région de la Science, il avance en langage métaphorique tout ce qu’il faut en savoir. C’est le grand thème du Jasmin des Fidèles d’Amour. Henry Corbin, magnifique spécialiste occidental du soufisme, a su en traduire au plus près la poésie.

L’amour est le lieu de l’anéantissement mystique.

Le Jasmin des fidèles d’Amour commence par une conversation de Rûzbehân avec une jeune beauté du Turkestan. Est-elle surprise, cette jeune femme, qu’un maître du soufisme soit fasciné par sa féminité ! Dans le film chinois Pluie de Lumière sur la Montagne vide, même type d’étonnement critique à l’adresse du bouddhisme séculier qui s’entoure de femmes ! Comme si la femme n’était pas l’opposite naturel que le duo droite-gauche a donné à l’homme. Notre Initié du haut Moyen-Âge oriental invoque la fascination qu’exerce la femme sur l’homme, mais c’est pour décrire la grâce de la plus belle des formes, explique-t-il. La forme, pas la femme. Quiconque se familiarise avec Dieu, est familier avec toute chose belle et tout visage gracieux. Mais les secrets de l’Amour spirituel sont révélés aussi par l’expérience de l’amour humain, s’il est vécu à la Proximité de la Perfection. Analogie, dirait Dominique Aubier. Dieu se révélant à nous au moyen de nous, l’amour humain mène à la Révélation.

Rûzbehân rédigea son livre afin d’apporter aux amants et Fidèles d’amour la joie de l’intimité des fleurs du Paradis. C’est bien dire les critères en action dans cette expérience mystique. Il expose les étapes par lesquelles l’amoureux transite, depuis l’éclosion du sentiment jusqu’à l’extase. En route, de multiples épreuves écartent les prétendants incapables d’atteindre le degré d’élévation suivant. Seuls les Amis de Dieu gravissent les échelons menant au Tawhîd, station souveraine résultant de l’Union avec l’Aimé. Pour lui, l’amour est le lieu de l’anéantissement mystique. Il ne peut être jeté en pâture à la médiocrité d’âme. Rien à voir avec le sentiment du vulgaire chez qui ne prévaut que l’entrée en mouvement des passions sensuelles. Pour atteindre cette station, le disciple est appelé à livrer, au quotidien, le Djihad, lutte sans complaisance contre ses propres penchants maléfiques. Guerre sainte permettant à l’homme de devenir un Héros du Coeur, elle n’a de sens que si elle est lutte contre soi-même et si elle est livrée avec résolution et objectivité. Le Djihad, est-il à la portée de tous ? Est-il moderne? Il devrait l’être encore et plus que jamais, car ce mot définit le comportement qui favorise la compréhension et libère l’être de la condition du servage.

Cette haute compréhension du Djihad que propose Rûzbehân nous évitera-t-elle les appels à la guerre que lancent d’absurdes méconnaisseurs du texte fondateur de la religion ?

L’amour comme pédagogie initiatique

Rûzbehân cherche à définir une science de l’amour. Pour lui, ce sentiment est une référence. Seul ceux qui ont bu les coupes du filtre d’amour disposent de la vue autorisant la perception de la beauté. Quelle opération intellectuelle se cache derrière cette dégustation ? Pour boire ce nectar qu’Ibn’ Arabî appelle l’Élixir des gnostiques, l’esprit doit être formé à une discipline : le Soufi propose la pédagogie initiatique du sentiment devant amener le disciple à connaître l’absolu par le moyen de l’exégèse de l’amour humain. Éducation du cœur indispensable pour qui veut atteindre la qualité d’homme véritable. C’est ici que le Soufi distingue — et non sans risque face aux effarés du conventionnel — la certitude générale de la certitude de l’Initié. La première est, pour le commun, l’implantation de la foi et le conformisme conditionné par la loi et son dogme. La seconde est certitude personnelle provenant de ce qu’il appelle la vision du cœur. Et qu’est-ce que le cœur ? Nous sommes loin du romantisme nouillageux qui confond la sévérité de l’initiation avec le sentimentalisme. Le cœur, pour l’Initié, n’est pas un état de béatitude. Il est l’outil de la rigueur intellectuelle qui doit permettre à l’adepte de comprendre que l’Amour est l’instrument du dévoilement. Il est la semence de l’opération divine prééternelle. De quelle opération s’agit-il ? Dévoiler suppose son intervention. Opération de haute voltige intellectuelle, n’en déplaise aux esprits fleurs-bleues. Rûzbehân nous interdit de tomber dans la vase du sentimentalisme. Il n’a d’autre souci que tirer son lecteur vers l’intelligence du sens. Boire les coupes du filtre d’amour, c’est donc bien remplir son esprit des critères intellectuels de la connaissance. Qui reprochera à la gnose d’être une exaltation de la science du discernement quand Dieu n’a pas distribué à ses serviteurs une chose plus estimable que l’intelligence ?

S’assimiler au principe originel

L’initié médiéval s’exprime dans un langage mesuré à l’exacte puissance des symboles. L’allusion est-elle éclairante à l’esprit de notre siècle où les modalités de pensée exigent le direct ? Difficile de percer le poème du message traditionnel : « la personne éphémère est un miroir dressé devant l’opération divine », écrit par exemple Rûzbehân. Magistrale élégance orientale pour dire que Dieu se différencie dans le théâtre de sa révélation. Mais que comprendre exactement ? Alors trêve de poésie. L’adoration des bergers n’est plus utile à la planète, écrit René Char. Le Verbe doit quitter le lieu de la métaphore et s’exprimer directement. Interrogeons Henry Corbin, le plus subtil des traducteurs, le plus sincère des chercheurs. A-t-il réussi, dans ses tentatives de commentaires, à résoudre les énigmes codées par les initiés du passé ? Superbe sensibilité : rien de la poésie orientale n’échappe au savant pour ce qui est de la forme. Excellent travail de scientifique, doué de délicatesse et d’instinct. Nous assistons à une traque des invariances et Corbin parvient à effleurer la brûlure de la vérité. Il sait que le suspect se cache, qu’il est à un doigt de lui passer les menottes. Son commentaire capture-t-il les archétypes sous les mots qu’il traduit ? Il a su restituer la puissance métaphorique des images et redonner, en français, le rythme et la mélodie de la langue persane. Mais s’est-il aperçu qu’en lui le poète excellait à traduire à la perfection la beauté des textes, tandis que le commentateur s’engluait dans l’analyse faute de pénétrer le système de pensée du Soufi ? Est-ce éclaircir une image que développer un méta-commentaire encombré de terminologie philologique ? Et quelle est cette tristesse personnelle, si visible, dans chacun de ses livres ? Lui a-t-il manqué la clé qui lui eut permis d’identifier le référentiel de la connaissance initiatique ? Est-ce en raison du conditionnement de sa propre pensée, formée à la redoutable école du rationalisme que Corbin reste au seuil de l’aventure spirituelle ? II n’accède pas à l’Alchimie du Bonheur parfait qui consiste à s’assimiler au principe originel. Sévère critique envers le meilleur des traducteurs d’Ibn’Arabî ? Le maître du soufisme nous avertit de l’incapacité ontologique qui frapperait le scientifique cherchant à pénétrer le sens de ce qu’il décrit : la faculté du Théoricien correspond à un champ d’investigation restreint qu’il ne saurait franchir. Pour le Soufisme, Corbin est victime, tout comme Gershom Scholem le fut pour la Kabbale, non d’une inadvertance personnelle, mais de la démarcation fatale qui sépare les réflexes intellectuels selon qu’ils se produisent dans la circonscription culturelle de la Science ou de la Connaissance .

Le dévoilement de la Face de l’Ami.

Relisons le Jasmin des Fidèles d’amour. Apprécions l’indubitable fidélité de la traduction de Corbin. Mais surtout, réalisons le décodage de la pensée symbolique du Soufi. Il faut donc que nous nous placions en un lieu qui la surplombe. Nous n’avons d’autre solution qu’utiliser la grille à portée universelle de la pensée initiatique, telle que l’actualise (premier anéantissement du mystère ! ) Dominique Aubier, l’auteure de La Face cachée du Cerveau. La parole du soufi devient enfin intelligible en un langage moderne, accessible à l’honnête homme de notre siècle : l’œuvre de Rûzbehân apparaît comme une vaste métaphore décrivant le processus de la Création. C’est une tentative de pré-exégèse, sous la forme d’un langage symbolique, adapté au siècle et au territoire linguistique. Pour le Soufi, l’Univers est né d’un processus amoureux. L’exégèse de ce processus est une obligation. Cette exégèse, le soufi l’appelle la gnose mystique (ma’rifat). C’est le point culminant de la perfection. Mais elle ne peut se réaliser par la métaphore s’ajoutant à la métaphore. La Sourate 36, verset 69 conseille en effet abandonner la poésie. L’initié en appelle donc à l’anéantissement de la forme d’expression imagée par le moyen de l’objectivation. Mais comment la réaliser cette objectivation ? Réponse du maître iranien : la règle de la religion d’amour permet au mystique d’atteindre la station de la certitude des Fidèles d’amour après avoir fait l’expérience de la négation. La rencontre du partenaire objectivant — l’opposite — est donc obligatoire si l’on en croit Rûzbehân. Pour lui, l’acte de l’Union (jam al jam) permet d’atteindre la révélation des Attributs divins. Mais de quels partenaires parle notre Soufi ? Qui est le partenaire négateur de la Connaissance ? Allusion d’Ibn’ Arabî, dans l’Alchimie du Bonheur Parfait où un Théoricien réfractaire s’oppose à l’Adepte du Prophète. Précision de Dominique Aubier, dans La Synthèse des Sciences : ce partenaire c’est la Science. Affaire de mariage ! Les Noces de la Connaissance avec la Science. Le soufi prévoit de loin cette opération. La station du Tawhîd — unification de l’Unique –—verra le théoricien tomber d’accord avec l’adepte. En clair : les sciences dotées de leur capacité d’objectiver le Réel viendront corroborer les données de la Connaissance. Le Tawhîd est donc l’étape évolutive dans l’histoire de l’humanité qui verra les sciences appuyer la Connaissance de leur force démonstrative. Le langage de la Connaissance sortira de la brume du symbolisme. Un nouvel éclat de conscience habitera l’humanité qui complètera le sentiment intime de la foi par la certitude fondée sur le raisonnement.

La parousie du Mahdi

Qui pourrait, aujourd’hui, s’exprimer en homme du Moyen-Age sans vivre en décalage complet avec ses contemporains ? Nous sommes dans l’obligation d’adopter un langage compréhensible, éprouvé par la confrontation avec les sciences. Nous sommes tenus de nous hisser à la hauteur du Tawhîd. Cette opération est déjà réalisée. Et réussie: la station du Tawhîd est précisément atteinte dans La Face cachée du Cerveau.

Il nous faut donc, à notre tour, rejoindre la pensée la mieux ajustée à son temps et franchir, d’un seul bond, les siècles qui séparent le symbolisme de son dévoilement. Faute de quoi l’attardement de la conscience dans des formes de pensée non adaptées à leur époque conduirait à un naufrage civilisateur.

Signe des temps : le retour à la tradition interprété par la flambée de l’intégrisme. Phénomène inexpliqué des politologues à qui nous conseillons de se munir de la grille de lecture initiatique. Ils apprendraient que l’Intégrisme correspond à un retour d’énergétisation de la liaison entre les couches 6 et 4 d’une structure. C’est une plongée dans le symbolisme, signalant que le moment de l’émergence est venu : l’Intégrisme balise la nécessité d’intégrer les travaux d’exégèse. Il s’exaspère d’autant que la poussée vers le Tawhîd n’est pas assumée. L’obligation d’émerger est orthodoxe. En effet, quel initié de l’Islam ignore que l’aventure de notre monde, c’est l’aventure de quelqu’un qu’il s’agit de faire remonter du fond d’un puits ? La Parousie de l’Imâm caché correspond à cette remontée, à cette théophanie définitive qui fera ressortir les vérités intrinsèques communes à toutes les formes traditionnelles. L’Imâm caché est la mise au clair du trésor caché qu’est le sens. Il est un état de la Révélation. C’est exactement cela, le Sceau de la sainteté universelle. L’identification du motif universel, la présentation de son système et ses lois. C’est un concept intelligible. C’est l’avènement d’une désoccultation. Un désenchantement, dirions-nous, en reprenant l’expression de Cervantès quand il prédit la libération de Dulcinée. Cette opération de sauvetage est pleinement réalisée dans La Face cachée du Cerveau. Sans cet ouvrage de référence —regarder au travers du Principe Universel — nul ne pénétrera le langage codé des Traditions. Nul ne peut prétendre au regard initiatique s’il n’a rejoint intellectuellement la station de l’Initié qui a ajouté la dernière pierre de touche à l’édifice patiemment construit par ses prédécesseurs.

Dominique Aubier a mis à jour les critères qui fondent la pensée en toute tradition. C’est à partir de Don Quichotte, livre codé en hébreu, qu’elle a identifié le motif d’absolu. Pour le Sacré, en effet, c’est sur le modèle d’un cerveau que s’est édifié le réel. Selon un système unique, appelé système Aleph. Confrontant cette donnée aux sciences les plus ardues (union des contraires) cette doctrinaliste moderne de l’universel a vérifié la validité du motif absolu, sa structure et ses lois.

Comme toutes les traditions du monde, l’Islam connaît ce motif unique. Il le magnifie dans sa forme verbale la plus exquise. Mais n’en délivre pas nommément l’identité. Et voilà que le référentiel cortical qui fonde les traditions et rites du monde est délivré ! Le motif cortical a été révélé par Dominique Aubier à partir de la langue de Moïse via le Castillan codé de Don Quichotte. L’herméneutique du symbolisme a été dégagée. Grande mission de l’Occident que dévoiler, élucider. Grande mission française, la seule peut-être que ce pays ait à accomplir aux yeux de l’Histoire, suivi de l’obligation de mettre ce travail à la disposition de l’humanité. Car chaque Tradition du monde doit s’emparer de cette mise au clair et réaliser, au moyen de cet outil intellectuel et pour elle-même, le Tawîl exégétique de ses rites, dans la pleine puissance de leur sens, accordé au motif universel qui en est le référent. Chaque Tradition opère sa parousie : les oppositions dogmatiques sont appelées à disparaître au profit d’une gnose mystique reconduisant les données à leur origine, à leur archétype, à leur donateur ! La Face cachée du Cerveau, — livre parfumé au jasmin de la connaissance actualisée — réalise ce travail, véritable remontée du puits : les archétypes sont expliqués. Le référentiel universel est démontré. L’esprit atteint la station de l’Unité (Tawhîd). La conciliation des croyances devient possible par l’élévation et l’accès à la claire intelligence d’une exégèse de la pensée sacrée. Œuvre pleinement accomplie par Dominique Aubier qui apporte à l’Islam ce qui lui manque si cruellement : le nécessaire accroissement de clarté mentionné dans la Sourate 24, verset 35: Lumière sur lumière.

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