Dominique Aubier
La connaissance de l’Universel
Kadhafi en jugement
Ce que Dieu sait d’un être et de sa vie, un sage le sait aussi
Adage talmudique
Dans le contexte de la pensée initiatique, rien ne peut être imaginé ou pressenti qui ne soit déjà en germe dans le Tout. Si c’est requis, c’est donné. Qui sont-ils, dans Kuch Kuch Hota Hai, les deux héros de la deuxième charade muette, clé du film de Karan Johar dont le message prophétique vise à élucider les problèmes devenus aigus dans l’actualité? Qui est madame Khanna au plan de la signification symbolique ? Qui est visé dans le colonel Almeida ? C’est à déterminer. On voit à l’écran le flot des enfants venus au camp d’été courir sur la longue passerelle qui unit les deux bords du paysage. C’est la première fois que cette pièce d’architecture apparaît. On dirait qu’elle sort de l’œil de la caméra au lieu d’y entrer. Deux postes de surveillance sont marqués sur chacun de ses côtés, en face à face. Avec son ourson en peluche en sac à dos, la petite Anjali est tout spécialement surveillée par l’objectif, mais comme toujours dans le montage des films Grand Gourou, la logique d’une proposition cède brusquement à la verticalité d’un plan.
Le mot TOLEDO surgit et fait cible, lisible en grandes lettres sur le haut d’une bascule, nom de sa marque de fabrique. Cet instrument de pesage est au centre de la passerelle. Un homme l’utilise et prend le poids des enfants : 24 pour l’un, 30 pour l’autre et, tout à coup 80. Quel organisme est-ce là, d’un poids tellement anormal? C’est la grand-mère venue accompagner la petite Anjali. Madame Khanna a l’honneur de doser en chair et en os la valeur exemplaire du 80, celui de la lettre Pé qui, dans l’alphabet hébreu, nomme la bouche et désigne la personne qui parle et mérite d’être écoutée.
Quel rébus est donc proposé? À côté du 80 qui officialise la compétence de la femme, les chiffres 24 et 30 sont acceptés par le directeur du camp, le colonel Almeida, maître de la situation. Sa prétention est mesurée par les valeurs qu’il intègre : 24, lu 2 et 4, Beit et Dalet, désigne la partie au sens initial où l’expression dans Exode 30, 34, dit – sous le sceau du Tétragramme ! – qu’il en sera d’une partie comme de l’autre, que tout sera du même poids, en portions égales. La notion de poids est mentionnée sans équivoque dans le verset. À croire que le lien a été fait entre l’acte de peser les choses à l’entrée du camp et le sens introduit par le texte d’Exode. Et ce, avec d’autant plus de fermeté, que le chiffre 30 qui est celui de la paracha, est donné par le poids d’un enfant. Or, 30 est la valeur de la lettre Lamed qui symbolise l’enseignement. Reporté à sa place sur la bascule TOLEDO, ce chiffre suggère d’étudier le cas de l’individu représenté par le colonel Almeida. Il serait sagace d’instruire son procès en s’appuyant sur les indications 24 et 30 regardées dans leur valeur numérologique à partir de la notion chiffrée 80 qui leur fait contrepoids dans la personne également bien pesée de madame Khanna. Si l’ombre qui se projette sur eux est celle d’Exode 30, il y a lieu de procéder à une analyse initiatique très poussée, menée avec attention et méthode. Avoir présente à l’esprit l’idée que les deux parties ont chacune droit à leur poids de sens : le colonel parce qu’il est là et qu’il est celui qui opère, et madame Khanna parce qu’elle surgit sur la bascule TOLEDO. Donné en majuscules, ce mot espagnol évoque avec véhémence le vocable hébreu de ” toldot ” générations. Voici les générations…
Comme dans Genèse !
À croire qu’une génération de personnes dotées d’une expressivité essentielle se trouve consignée dans Kuch Kuch Hotai Hai. Madame ” Oui-na ” et le colonel Almeida en seraient les prototypes. Il semble qu’un regard attendri caresse leur rencontre occasionnelle et qu’il y ait lieu à ce sujet d’émettre un jugement à hauteur des critères systémiques les plus aigus. Exigence sensible sous le scénario, derrière la narration, comme le serait un anthrax sous la peau. La curiosité est excitée au point de ne pas pouvoir s’écarter de la tuméfaction qu’elle ne l’ait vidée. La deuxième charade muette s’établit sur cette énigme. On y voit madame Khanna mâchonner une idée difficile tout en visant Almeida au moyen d’un lance-pierre miniature. L’engin et l’acte qui l’accompagne représentent-ils sa préoccupation ? Elle a logé dans sa fronde une sorte d’éponge dont la substance plutôt molle est ressentie comme dure quand elle touche l’échine du colonel plié en deux. Il est en pyjama. Au lieu de son habituelle casaque taillée dans un drapeau anglais, il porte un vêtement de nuit bariolé. Le titre du film qui fait question est tout de suite deviné. C’est Comment sommes-nous liés ? Madame Khanna et le colonel sont-ils liés ? Par quoi le sont-ils ?
Je ne peux m’empêcher de soupçonner Almeida d’être une image de Kadhafi. Ils ont le même titre militaire de colonel et un certain carré du menton qui signale une ressemblance. Le prénom du guide de la révolution libyenne, Mouammar, fait en français un bruit de sarcasme, disant quelque chose comme ” mou à la mer, à la mère “. Et cela m’intéresse, de voir compromise la personnalité du leader le plus déconcertant que l’Islam possède en tête d’un état. Je me suis beaucoup intéressée à lui, à ses modalités de pensée, à sa compréhension très profonde du symbolisme et à l’exploration qu’il a su faire de la théologie musulmane, avant que le président Reagan n’ordonne le bombardement de son palais, entraînant la mort de sa fille adoptive, encore bébé. Un radical changement s’est alors produit dans sa psyché. Entendu en hébreu, le nom Kadhafi semble dire qu’il y a une cruche : Cad, au sens où il est dit dans Genèse 24, 15, portant sa cruche sur son épaule, Cada (Caph, Dalet, Hé) et sa bouche (pi, fi : la lettre Pé, la bouche, 80), le goulot d’un pot de terre cuite, l’embout d’une gargoulette, le déversoir verbal d’un contenant à considérer. Mis à fraîchir dans un puits de la Connaissance ? Almeida se décompose en Al, le système de vérité qui s’enseigne tout seul et ” meida “, ” mida “, la mesure. Si le colonel qui dirige le camp de Simla dans Kuch Kuch Hota Hai a réellement été investi du droit et du pouvoir de signifier la personnalité de Kadhafi, son nom en donnerait la formule d’âme selon les critères du système d’Absolu. Un tribut est fixé à chaque créature vivante, son secret spirituel. Le tribut mystique de Kadhafi serait sous le signe du 80 de madame Khanna.
Une idée m’a tenaillée pendant des mois, il y a quelques années. À force de lire Don Quichotte et les ouvrages initiatiques, en même temps que les traités de neurologie, j’ai fini par comprendre comment Cervantès concevait le cheminement du don divin (l’alphabet et sa symbolique) dans le monde et le cycle civilisateur. Avec toute la résolution d’esprit incombant au messie-fils de Joseph – il déclare l’être – l’écrivain espagnol s’est représenté la transmission à la manière dont une information circule dans un cerveau, le cortex étant le plus haut niveau d’intégration. Il s’en est figuré le circuit par référence aux deux hémisphères et aux aires spécialisées dans un type de traitement, situant les zones auditives l’une au Sud de la Méditerranée, l’autre au Nord, le détroit de Gibraltar assurant le passage. Au Sud proche du centre de réception Canaan, (hémisphère gauche) l’aire auditive est occupée par le monde arabe dont la fonction d’écoute et de captation spécifiquement assurée par le Prophète et le Coran a donné prise à la religion musulmane et à ses différentes inclinations théologiques. Au Nord, au plus près de cet empire spirituel, l’Espagne récupère les acquis issus de ce séjour fonctionnel et les admet dans le cadre de l’audition qui est celui, dans l’hémisphère droit, où se développe l’Occident de la pensée. La donne créatrice voyage d’une partie à l’autre de la frontalité cérébrale de la planète. La doctrine du Sacré enseigne à contrôler les enrichissements qui en résultent. Ce qui ressort de mieux en mieux, c’est le système de vérité, la table des archétypes, le statut intellectuel de la 23e lettre. L’Espagne a parfaitement accompli son rôle de récepteur et de marqueur culturel du message. Dans sa Prodigieuse Histoire, Cervantès suggère à plusieurs reprises que le génie hispanique a assuré sa tâche au point de compenser certaines déficiences héritées. La religion musulmane vouée à renvoyer le message semi-élucidé sur l’Occident de la pensée se serait éloignée de sa vocation. Ce défaut résulterait de sa négation de la dualité. Il se traduit, au plan des convictions, par la prééminence d’Ismaël sur Isaac. La conduction de l’énergie divine se ferait par le biais du fils de la servante Agar et non en direct par la voie biblique des Patriarches. Là prend naissance la farouche volonté politique actuelle de l’Islam d’éliminer Israël.
Au cours des années 70-80, dans le cadre de cette compréhension de l’Histoire, j’ai observé la singularité du comportement de Mouammar Kadhafi. Le colonel libyen donnait tous les signes d’un être affiné par l’immersion spirituelle dans une théologie musulmane audacieuse et libre. Il démontrait avoir un sens aigu du symbolisme. Plusieurs anecdotes faisant état de ” fantaisies ” au miroir de la raison occidentale me sont apparues comme d’authentiques hadiths, imitant les faits et gestes du Prophète relatés par des témoins directs, recueillis dans divers volumes, le plus important étant Le sommaire du Sahih al-Bukhari. Ce sont des koans vécus dont le sens a valeur de préceptes. Par exemple : se torcher avec la main gauche à l’aide de trois cailloux. Interdiction de frapper sa femme au visage et seulement avec un cure-dent. Le hadith 119 du sommaire cité retient que le Prophète a déféqué un jour accroupi sur deux briques en regardant Jérusalem. Qu’est-ce ce signifier ? Qu’ayant ingurgité la doctrine hébraïque, l’ayant digérée, elle est restituée après avoir été intégrée ? Où que Jérusalem n’est plus la qibla vers laquelle se tourne le musulman quand il prie ? Que ce soit l’un ou l’autre, ces enseignements ne comportent aucune hostilité antihébraïque, tout au contraire. Ils admettent l’existence d’Israël et la relativité de l’Islam par rapport à cette source.
Quelqu’un qui a bien lu les sommaires de Hadiths sait comment fabriquer des symboles et que ce sont des outils puissants dans l’action évolutive. J’ai cru voir cet effet dans l’esprit de Kadhafi. Il se révèle imprégné de haute culture musulmane et ne peut pas ignorer l’œuvre et l’exemple du poète El Hallaj dont le nom signifie cardeur de laine. Cervantès lui a reconnu la plus grande importance dans l’histoire du cycle civilisateur. Toute une nouvelle exemplaire, dans Don Quichotte – celle concernant Cardenio cardeur de laine, en castillan – lui rend un hommage véhément. Cet éloge valorise la soumission héroïque d’un esprit qui comprend ce qu’est la vérité : El Hallaj a ” cardé ” un archétype majeur, voyant dans sa mort suppliciée l’excès d’erreur et d’égarement d’où la vérité sortira. Son martyr éclaire le sens du transit musulman : préparer l’élucidation du système de vérité.
Il semble impossible que je puisse connaître l’élan de compréhension magistrale qui a percé au cœur des monts iraniens du Daylam, le 11 août 1164, quand l’Imam Hassan proclame ” la résurrection des résurrections ” et qu’un Kadhafi n’en sache rien. Ses idées dans les Livres Verts témoignent d’une nette influence de ce chef des ismaéliens qui corrige le concept fondateur mal compris et ” revivifie ” l’esprit messianique du courant shiite originel, proclame l’abrogation de la Sharî’a islamique et boit du vin en public pour exprimer par un acte symbolique son adhésion à la loi hébraïque. L’affirmation de la réalité du fait messianique, l’obligation vitale d’adhérer à sa vision réalisent l’exégèse des commandements divins. La religion légaliste disparaît, intégrée dans l’apparition du sens. La communauté doit vivre sous ce guidage, véritable ” socialisation ” du messianisme, descente de la connaissance dans la vie quotidienne. La révolution libyenne, l’émancipation des femmes, l’opposition à l’Arabie saoudite et l’expulsion de Ben Laden qui s’est transporté en Afghanistan parce que chassé de Libye, tous ces comportements décrivent une unité d’esprit fortement conditionnée. Le rationalisme occidental ne peut pas comprendre d’office. Notre sens de la démocratie, si bien ravivé par Ségolène Royal, admet que tout individu ait voix au chapitre. Le Coran déclare que l’opinion personnelle ne vaut rien. Ce seul mot me fait rire disait Jean Paul Sartre, professant un credo philosophique comparable.
Ai-je été frappée par sa technique du coup d’état ! En 1969, ce jeune homme de vingt-sept ans (plus un millénaire de pensée islamique) organise le renversement du roi et sa propre montée au pouvoir en choisissant la date à laquelle la CIA allait prendre les devants. Ce qui est éblouissant n’est pas qu’il ait été informé du projet américain par un réseau d’espions incorruptibles. C’est qu’il ait aussitôt fiché son action sur l’archétype gauche-droite, se fiant au mouvement qu’aurait l’énergie appelée par une anticipation de quelques heures. L’être qui agissait ainsi témoignait d’une grande aptitude à devenir le troisième grand héros spirituel de l’Islam. Après El Hallaj et après Hassan. Son action prouvait qu’il maîtrisait le système de vérité, suffisamment pour pouvoir en être le défenseur dans le monde. Il n’aurait pas été écouté facilement, mais sait-on jamais ? Il allait disposer de trois atouts : le pouvoir, le pétrole et le charisme. Quand une initiative se branche sur la musique du temps comme un oiseau sur le rameau qui fait chanter, les événements s’accordent à son intention. Or, c’est clair du point de vue de la structuration reflétée par la culture et l’histoire : l’Islam en était à établir sa mission dans son troisième niveau d’organisation. Et je ne rêve pas. Aujourd’hui, mardi 11 décembre 2007, j’en suis époustouflée, je vois une éloquente analogie confirmer ce diagnostic. Elle agit dans un film indien, un des trente-cinq films formant ce que j’ai appelé la Sélection Grand Gourou, parce qu’il y a véritablement un Grand Gourou dans cette affaire. Un maître de sagesse dit la vérité que nous ne sommes pas capables de penser tout seuls. Ce Grand Gourou, c’est lui qui salue l’analogie entre l’épisode Anjali-Rifat Bi dans Kuch Kuch Hota Hai et la prise de pouvoir de Kadhafi. L’analogie dévoile ce qu’il faut apprécier dans cet acte politique, sans qu’un seul mot soit verbalement prononcé. L’essentiel du sens est indiqué par le nom de Rifat Bi qui signifie le tarif est dedans, facture lisible dans le site où a percé l’énergie. Or, dans les deux cas, dans l’épisode du film comme dans la prise du pouvoir par Kadhafi en Libye en 1969, l’énergie s’est portée du côté directeur, avec la même tonalité de grâce. La Vie exprimait son sentiment. Interprétation que je suis amenée à fournir en ce moment même, mardi 11 décembre 2007 alors que Mouammar Kadhafi est reçu en France.
En 1997, Grand Gourou prévoyait-il que j’aurais à marquer la plus grande surprise à l’égard de cette situation ? Avant de venir en France où il n’a pas été reçu durant trente ans, Kadhafi tient un long discours pour justifier le terrorisme comme mode d’action à la portée des petits pays ayant à se défendre de ” la prédation des grandes nations “. Et il arrive à Paris avec sa tente et son attirail de vie et de réception. Il n’a pas perdu le sens du symbole. C’est l’Islam dans sa verdeur africaine qu’il plante dans la cour de l’hôtel parisien. Sa pensée secrète est-elle comprise ? Le rationalisme occidental de plus en plus court ne risque pas de rattraper les intentions du leader vieilli. Et moi, qui suis-je pour avoir le droit et le devoir, l’occasion de déclarer que je ne lui pardonne pas m’avoir déçue ? Il avait vocation à asseoir l’Islam dans sa vérité métaphysique, compréhension des fondements remise dans le droit fil de la vérité créatrice. Le Guide libyen était missionné pour le faire. Au lieu de cela, il louvoie loin de sa prédestination. La trahison de son propre statut d’être humain est consommée le jour où il propose narquoisement à Israël d’entrer dans la communauté arabe. Ce jour-là, il exprime à l’envers le message dont il est le sceau. Il révèle du même coup que sa vocation se situait vraiment à hauteur du troisième niveau d’organisation dont l’Islam du Coran bien lu mérite la sublimité. Il en a détruit le rêve. L’lslam est habilité à le lui reprocher. Je ne puis qu’expliquer en quoi sa défection offense et blesse l’humanité. À commencer par la raison française, notre culture en ce moment même privée d’une leçon qui ne lui a pas été transmise : elle n’a pas été donnée. Le message ne nous a pas été communiqué, fût-ce à retardement. Le retard n’est pas le crime. Durant un long millénaire, le génie musulman s’est débattu contre l’ignorance, faisant front à toutes les difficultés et résistances comme les autres religions et les autres peuples, dans l’historicité douloureuse du cycle civilisateur. Mais au moment où la filière passant par l’Espagne et Don Quichotte veut rejoindre les autres fibres d’instruction devant participer à la synthèse finale, l’élément ligateur n’est pas à son poste. Il a été détourné en direction de son pôle contraire : le terrorisme.
Pour moi, j’ai renoncé à poursuivre mon travail sur le personnage et je n’ai donné forme publiable à aucune référence susceptible de frôler de loin ou de près une ignominie théologique. J’ai poussé les représailles contre ce qui a été mon point de vue en retirant du commerce le troisième tome de mes exégèses sur Don Quichotte.
L’exactitude des faits prélude celle du sens. Nous avons essayé de prendre langue avec Kadhafi. Tout un programme de recherches a été dressé, en vue de lui être proposé, visant à créer une investigation fondée sur la métaphysique biblique, portant sur la linguistique, la phonétique des langues et l’anthropologie de la parole. Impossible, en France, d’émettre une bribe d’idée allant dans cette direction, tant la tyrannie de la pensée unique y est féroce. Nous n’avons pas réussi. Les souvenirs de cet échec étaient enterrés depuis longtemps quand j’ai appris que le journaliste avec qui je jouais le jeu des questions-réponses – dans le texte sur Kadhafi resté sur disquette – en a inscrit le titre dans le registre de ses œuvres sur Internet. C’est étrange car il ne dispose d’aucune copie de mon texte. Il n’existe pas d’autre version que celle emmagasinée sur un support devenu désuet qui ne m’a pas été dérobé. J’ai vérifié. Il est toujours au fond d’une boîte de résidus en attente de destruction. L’indélicatesse de mon pseudo-collaborateur ne m’a pas offusquée et c’est un tort. Si un froissement d’amour-propre avait remué les circonvolutions de mon cerveau reptilien, j’aurais été avertie qu’un signe arrivait. Défaut de vigilance, mon hypothalamus ne me l’a pas fait ressentir, si bien que ma maniaquerie de kabbaliste ne peut pas dire si c’était le mois dernier ou une semaine avant. Je puis seulement signaler l’existence de ce signe parce qu’il vient de me sauter aux yeux. Je vois qu’il a couvert l’espace d’un Bip par rapport au BOP ayant reconstitué mes relations avec un Kadhafi qui en ignore tout. Mais il arrive. On dirait que l’actualité joue à la charade muette, faisant voir, dans la réalité des faits, le contenu conceptuel évalué quelques années plus tôt par la puissance cosmique pesant sur Bollywood ! Tout y est. Le film, moi qui libère son message et Kadhafi qui vient en France. La sensibilité populaire s’est insurgée contre cette visite. Elle ne sait pas, aucune idéologie ne sait qu’il est venu dévorer le pays dont l’Islam n’a pas nourri la culture. Il est venu mordre à grands crocs ce qu’il sait être la faiblesse de l’Occident de la pensée. Le rationalisme matérialiste n’a pas d’épistémologie. Ses sciences cognitives ne connaissent pas la vérité de l’être spirituel et ce qu’elles en découvrent s’émiette au large d’une exploration qui ne rejoint ni le centre ni l’unité. Kadhafi a beau jeu de défier nos manques de clairvoyance. Il s’en amuse avec la part de lucidité que préserve encore en lui le fait de connaître grosso modo les critères du système de vérité. Cette lucidité, un adage talmudique dit qu’un sage la possède et qu’avec la connaissance, il sait aussi ce que Dieu sait. Mais il ne sait rien celui qui, croyant savoir, agit à l’envers de ce qui est ordonné.
Ni Khadafi, ni aucun être humain, ne peut garder pour lui ce qui est destiné à l’humanité.
C’est pourquoi je parle. Afin qu’il soit clairement établi que, dans le timbre de son actualisation, la voix de la vérité existe en France et si elle n’y pas arrivée par Kadhafi, elle y est venue par Don Quichotte. Il est possible de clouer le bec au malin qui croit se rire de nous. Je puis m’adresser à son Almeida. Je puis le faire, au titre de ma position d’exégète donnant son sens à la scène de la deuxième charade du film Kuch Kuch. La connaissance de madame Oui-Na ! frappera sa personne à l’endroit douloureux du troisième niveau d’organisation. Humiliation irréparable. Le système de vérité ne se laisse pas flouer. Nul ne peut jouer avec son cœur. La Libye porte un nom qui clame ouvertement que l’énergie du temps est sur elle. Ce pays a été, à un moment, en amour avec la vérité absolue. La défection spirituelle de son Guide – il s’en est donné le titre, tout de même – lui en fait perdre les avantages. C’est pourquoi il cache ses yeux derrière des lunettes noires. Son aveuglement à lui-même et à la vérité de sa foi n’en est que plus visible. Il se pourrait que des ondes ténues transportent jusqu’à sa tente l’idée que le Verbe se fait de sa défaite. Qu’elles en glissent l’image sous son oreiller pour qu’il en rêve. Efficace : au titre de l’échange qui Sait-qui Fait. Ratage de vocation démystifié. Le colonel Almeida le dit à celui dont il est l’icône. Madame Oui-na informe Grand Gourou. Et la deuxième charade muette de Kuch Kuch Hota Hai raconte son histoire aux générations qui voudront peser les choses de la réalité sur la bascule TOLEDO. L’intéressé sera informé. Tout homme est à la fois animé et limité par son devoir. S’il ne l’effectue pas, la mort occupe le site où il a vécu. S’il l’accomplit à l’envers de son but, le mal fait pourrir l’âme du monde. Une psychanalyse adéquate doit intervenir.
Le diagnostic sera prononcé en langage de vérité absolue, répandu en parole, établi par écrit, thème inséré dans la substance du réel par une action adaptée. La guérison vient quand le Verbe confirme. Quoiqu’il arrive, le parcours scelle son souvenir dans la mémoire de l’éternité.
Dominique Aubier, Les Minières, 14 décembre 2007.