Courrier du Lecteur Résumé de lecture de La 23ème lettre de l'Alphabet Hébreu |
1. La 23e lettre de l'Alphabet hébreu
Dominique Aubier est connue pour ses ouvrages consacrés à l'alphabet hébreu. Elle est l'auteur d'un livre qui, depuis plus de 30 ans, fait autorité en la matière : Le Principe du langage ou l'Alphabet hébreu. Elle y dévoile non seulement la symbolique des lettres, mais elle situe chaque lettre dans l'édifice structurel que forme l'alphabet. De chaque lettre, elle extrait le sens exact, dont le glyphe est la représentation. Elle explore les relations qu'entretiennent ces lettres avec la structure et le système cérébral humain. En effet, pour Dominique Aubier, l'alphabet apporte le sens, par là où d'emblée sa puissance ontologique libère les critères cérébraux associés à ses signes.
Aujourd'hui, en quête de l'ontologie de l'alphabet hébreu, elle aborde cette 23e lettre méconnue. Cette lettre, un kabbaliste anonyme du 13º siècle, l'auteur du Sefer Ha Temouna la mentionne. Elle elle est d'importance capitale pour l'avenir de l'humanité. Cervantès, à son tour, la signale à couvert d'une autre lettre dont il fait spécialement couler la fonte et dont la forme particulière apparaît dans l'édition originale de Don Quichotte de 1605.
Quel est le sens de ce glyphe qui n'apparaît qu'une seule fois dans la Bible, dans un verset crucial d'un chapitre de Juges qui conte la tragédie de Ghibéa ?
2. Une méthodologie initiatique : le Qorban
Dominique Aubier se tourne vers la science : un domaine de réflexion qu'elle convoque en partenariat de son enquête. Méthodologie pertinente et initiatique du Qorban : le Rapprochement. C'est en frottant deux morceaux de silex l'un contre l'autre que jaillit l'étincelle. Les résultats de la confrontation sont extraordinaires. L'apport de la pensée scientifique est considérable, d'autant que d'importantes recherches dans le domaine de la neurologie ont permis de détecter les zones cérébrales relatives au langage. Les découvertes les plus récentes font état de trois zones spécialisées, l'aire de Broca, l'aire de Wernicke, et une troisième région appelée SMA. C'est dans cette troisième zone que s'insèrent ces pensées qui ne sont pas exactement les nôtres quand elles nous traversent... Ce mou du monde à propos duquel Spinoza, dans son Traité de l'amendement de l'intellect pensait qu'il était nécessaire qu'il y ait quelque fondement qui dirige nos pensées... Dominique Aubier précise que la règle du Sacré incite à supposer qu'il existe une troisième aire du langage, pourvoyeuse du sens : Trois parce que c'est la loi pour toute matérialisation déposée. La logique s'y retrouve : une aire pour donner le sens, une deuxième pour le gérer, une troisième pour l'utiliser.
Les travaux des chercheurs sont édifiants : Damasio, Edelman, Changeux, Sacks : tout converge vers la thèse selon laquelle il doit exister un langage de l'Universel. Un locuteur général qui justifierait l'existence de nos facultés communicatives. Quel est ce Locuteur ? Cette langue universelle serait donnée d'emblée, localisée dans un lieu propice de l'anatomie cérébrale, dans cette troisième zone du langage responsable du sens.
Forte des appuis que la science du cerveau déverse au moulin de la Connaissance et dotée de l'instruction kabbalistique, Dominique Aubier procède à une lecture de la mission abrahamique : elle sonde les noms du patriarche et son épouse Sarah. Elle étudie la lignée d'Isaac par rapport à celle d'Ismaël. Une clé vitale pour comprendre l'Islam et ses erreurs. Elle relève les rôles essentiels tenus par les femmes. Sa lecture nominaliste porte sur les patronymes des héros bibliques : qui est Rachel, qui est Léa ? Quels sont leurs mystères, leurs missions ? Que représentent-elles dans le parcours du judaïsme - voire de l'humanité ? Dans un admirable chapitre, l'auteur procède à une palpation exégétique des noms des douze fils de Jacob. Ces douze garçons sont annonciateurs des tribus appelées à tenir l'emploi des douze paires de nerfs crâniens, dans la corporisation du cycle civilisateur. Elle affronte l'énigme de Joseph. Fidèle à sa méthode du Qorban, elle établit l'homologie entre les fils de Jacob avec la distribution des nerfs crâniens dans le cerveau : Ruben sur le nerf optique, Schiméon sur le nerf auditif, Joseph sur le nerf vague, Benjamin sur le grand hypoglosse. Or, écrit-elle, à Ghibéa, la tribu des Beniamites est en cause ! Qu'est-il arrivé au grand hypoglosse, le douzième nerf crânien correspondant à cette tribu, quant à ce moment du cycle consigné dans Juges XX, 13, elle fut quasiment détruite ?
La 23e lettre, en effet, est stoppée au verset 13, alors que le vécu était chargé d'en saisir le motif et de l'introduire dans le capital spirituel de l'être humain. Ensuite, les guerres font que le nerf des Béniamites se retrouve sectionné, à la fin des événements relevés par Juges XX. Quel lien de l'un à l'autre ? Quelle collusion anatomique ou fonctionnelle ?
Dominique Aubier se reporte aux ouvrages des neurologues les plus érudits, comme le professeur Antonio R. Damasio qui décrit la région qu'il estime décisive dans l'activité mentale. Damasio, un brillant scientifique qui exploite bien des notions... de kabbale hébraïque qu'il emprunte (sans le savoir ?) à Spinoza ! L'occasion d'une mise au point : Dominique Aubier établit formellement le lien entre Spinoza (1632-1677), Louriah (1534-1572) et Cervantès (1547-1616).
Elle revient à son investigation des fonctions cérébrales et s'interroge sur un phénomène alarmant, relevé par les spécialistes : le corps calleux, cette partie du cerveau qui assume la liaison des deux hémisphères a statistiquement (un enfant sur cent) tendance à disparaître chez les nouveaux-nés actuels ! Comment expliquer ce phénomène ? Seraient-ce les prémices d'une régression phylogénétique de l'espèce humaine dont les violences dans les banlieues analphabétisées seraient déjà l'expression ?
3. Jacob, Rachel, Beniamin et la 23e lettre hébreue
L'auteur brave le conventionnel du soi-disant médiatiquement-correct. Ici, nulle affectation. Il s'agit de tirer, avec ce courage qui caractérise l'ensemble de son œuvre, les conclusions qui s'imposent. Les questions qu'elle pose sont pertinentes. D'autant qu'elles n'ont jamais été solutionnées : que fait Jacob quand il efface de la bouche de Rachel le nom de Ben Ony |  |
| | et impose celui de Beniamin? |  |
| Quel est le sens des téphillin ? Quel est le sens des phylactères de tête, des phylactères de bras ? Et cet alphabet hébreu ! Quelle est sa puissance ? Quelle est son origine ? Quelle est sa fonction ? Quelle est cette 23e lettre dont le judaïsme moderne semble taire l'existence au point de l'effacer des récentes éditions officielles de la Bible ? La 23e lettre est la charte fonctionnelle du cerveau, répond l'auteur. Et la science vient en contrepoint vivifier la vraisemblance du propos. Les lettres hébreues sont les algorithmes de l'universel. La conscience éblouie aperçoit sous la dentelle des mots et des lettres le tracé obstiné d'une pensée intelligente qui raconte comment se forme un cerveau. C'est ainsi que l'alphabet apporte le sens, par là où d'emblée sa puissance ontologique libère les critères cérébraux associés à ses signes.
La 23e lettre est le fruit de la promotion interne que l'alphabet réalise en éjectant les valeurs qui l'habitent, elle est toujours là où l'alphabet détend ses composantes de l'Alef au Tav. Par son intermédiaire la vérité créatrice se rend disponible, manipulable par la conscience humaine. C'est exactement ce que la méthode initiatique organise dans un esprit averti. La 23e lettre, parce qu'elle est sans défaut par rapport à l'alphabet en délivre le sens. Elle le peut parce qu'elle est l'ombre cérébrée de l'alphabet. Ainsi, en reportant cette lettre sur le référent cérébral, l'auteur étudie la portée des événements qui entourent le blocage de la 23e lettre à Ghibéa. Elle détermine le lieu de la déchirure et sa répercussion : L'atteinte aurait porté sur la partie du nerf crânien irriguant l'hémisphère " qui Fait " dans la physiologie du cycle en formation.
4. Le locuteur universel
Pour Dominique Aubier, la voix du cerveau s'exprime dans l'alphabet hébreu, et les catégories, ce sont les archétypes. Les lettres en épousent les contours. Il y en aura autant qu'il y a de lettres dans l'échelle alphabétique et même plus, car les espaces entre les lettres abritent aussi des dynamismes. L'ensemble définit un statut fonctionnel précis, une véritable métabolisation des automatismes de l'Absolu. L'auteur de préciser qu'un Verbe initial suscite les langues parlées à partir de l'alphabet hébreu et de son système, précédant la création organique de l'être doué de parole. En résumé : nous avons tous en nous l'alphabet hébreu, récepteur du message divin tel qu'il s'adresse à nous à tout instant. Selon Dominique Aubier, (et cette thèse remet en cause les postulats de nombreux linguistes), les langues créent les territoires où elles se parlent et non l'inverse. Elle en déduit que les langues ont, de ce fait, une place génésique dans le flux original de la Création. À chacune son prestige, son territoire, sa mission.
L'hébreu initial, en son privilège de langue fondatrice du pouvoir de connaître, corollaire de la vie, émet successivement diverses langues. Parmi elles, il y en aurait une, proche de l'hébreu, tandis que les autres en seraient progressivement plus éloignées sans que la liaison se rompe. Quelle est cette langue issue d'une projection sur l'aire somatosensorielle ?
5. La Tour de Babel
L'histoire des langues nous amène tout naturellement à l'épisode biblique de la Tour de Babel. Le peuple, longtemps en errance, arrive à Sennar. Là, il décide de construire une ville et une tour faite de briques au lieu de pierres. L'auteur sonde en détail, mot après mot, lettre après lettre, le texte hébraïque de cet épisode. Elle ouvre toutes les équations du rébus de la Tour de Babel, en hébreu Migdal. |  |
| En serions nous là, une nouvelle fois, dans le cycle civilisateur, prisonniers d'une pensée aussi fausse qu'enfoncée dans la matière ? L'enseignement de la Tour de Babel nous rappelle que, lorsque le comportement humain se fonde sur le négationnisme de l'esprit, le Créateur, en son immanence YHVH, loin d'intervenir, laisse agir le système qu'Il a mis en place. Les habitants de Sennar l'apprennent à leurs dépens. Sommes-nous, aujourd'hui, logés à la même enseigne ? Le Créateur permet-il à l'Homme d'user de sa liberté, de commettre toutes les erreurs, lui laissant l'entière responsabilité de son destin, tandis que le Système et ses lois, imperturbablement, déclinent leurs échéances ?
Comment nous inscrire dans les orientations évolutives du cycle qui tendent vers la conscience? Comment éviter de nous attarder dans les stades, parfois confortables mais révolus de la pensée ? Comment mettre aux normes nos catégories ? La lecture que fait Dominique Aubier de l'épisode Babel est puissante. Une fois de plus, c'est dans le repli des lettres hébraïques qu'elle débusque le sens du texte biblique. Elle procède à un rapprochement percutant - encore et toujours le Qorban initiatique - de cet épisode avec l'embryogenèse ! L'analogie est exacte. Elle reconnaît, dans l'histoire de la formation d'une cellule vivante, le processus du Tzmtzoum cher à Louria. C'est en détail qu'elle suit les séquences constructives de l'embryon, en parallèle avec le texte biblique relatant l'installation du peuple à Sennar. Babel a été un ratage historique. Une erreur évolutive, une brisure. Un Tiqoun, une réparation est-elle possible ? Une réconciliation universelle est-elle pensable ?
6. Le sens de la généalogie biblique
L'auteur mise sur le bon secours du texte biblique. Elle étudie la descendance de Sem, le fils aîné de Noé. Elle dissèque les équations Sem Arphaxad, Shelakh, Peleg, Cheroug, Therakh, le père d'Abraham. Tous ces noms de patriarches forment un discours, une harangue que la Vie prononce à sa propre attention, avec une décision, une fermeté dont Abraham sera l'héritier. Ils témoignent de la réalité d'un fait : l'énergie constructive du cycle inauguré en Babel a circulé dans un canal de transmission dont ces personnages sont les balises.
L'auteur suit la généalogie biblique à la loupe. Son livre nous raccorde à la longue mémoire de l'humanité dont la Bible retrace le parcours. Abram et son épouse, qui de leur vie écrivent une page essentielle de l'histoire humaine, intimement liée à celle du langage, au point que leur fils Isaac, selon la Tradition, représente la faculté de parler. Viennent les jumeaux Jacob et Esaü (cette gémellité combative correspond-elle au stade du deuxième jour de la fécondation, quand l'ovocyte se complexifie en deux cellules et deux globules polaires diamétralement opposés ?) La dispute sur le droit d'aînesse trouve ici une explication appuyée sur une expertise nominaliste de premier plan.
L'imperturbable réalisme du Sacré nous invite à compter le nombre de garçons qui naissent de Jacob. Treize enfants, douze garçons, une fille. Or la science observe qu'il existe douze paires de nerfs crâniens, en plus de la moelle épinière. Nouveau Qorban ! Nouveau rapprochement Connaissance et Sciences : Ce sont les treize enfants issus de Jacob. Que disent les noms des douze fils de Jacob ? Ruben, Siméon, Lévi, Judas, fils de Léa ? Dan et Nephtali, fils de Bilha ? Gad et Acher fils de Zilpa ? Issachar et Zabulon issus, eux aussi, de Léa ? Joseph et Benjamin fils de Rachel ? Sous les mots agissent les archétypes. Leurs critères sont fournis par les lettres. Supports éloquents, dit Dominique Aubier. De chaque nom, elle donne le sens. Une incitation sourd au travers des appellations accordées à la progéniture masculine de Jacob. Une sorte de phrasé supplémentaire se fait entendre par-dessus les informations immédiates qu'ils apportent. L'auteur situe chacun des fils de Jacob sur une fonction nerveuse qui, dans l'organisme humain, transite par les nerfs crâniens.
Dominique Aubier écarte l'analogisme primaire qui mettrait, d'une manière absurde, tout en rapport avec tout et n'importe quoi. Ainsi, elle va au-devant de l'objection que ne manqueront pas de lui opposer, d'une part les anatomistes qui ne voient rien en dehors de leur spécialité, d'autre part les littéralistes obtus qui s'en tiennent au premier niveau de lecture du texte biblique : pour juger de la réalité de l'analogie ou de son invraisemblance, il faut confronter la description de l'encéphale qu'offrent les sciences cognitives aux faits qui, dans l'histoire biblique, feraient le portrait imagé des mêmes phénomènes.
Je l'avoue sincèrement, les descriptions scientifiques qu'apportent les ouvrages auxquels la kabbaliste renvoie sont ardues. Aussi j'approuve l'auteur quand elle dit, non sans humour, qu'il est plus facile de suivre l'ordre des naissances quand elles se produisent dans la famille de Jacob que détecter l'origine embryologique des nerfs crâniens ! Mais le contrepoint scientifique est indispensable à la démonstration. Les points d'analogie significatifs qu'elle relève ont force de preuve. Dirais-je que la méthode d'investigation qu'elle met en œuvre (le Qorban) est canonisée ? Faut-il préciser que le Qorban est préconisé par la Tradition, mis en acte symboliquement lors du Shabbat lorsqu'homme et femme se rencontrent ? Je l'ai dit : l'auteur percute l'un contre l'autre deux domaines de réflexion, Connaissance et sciences. Le premier brandon a pris feu. L'irradiation est prometteuse.
7. Moïse, les téphillin, le rachat du premier-né
Qui dit révélation des lettres hébraïques interpelle Moïse ! Si le moteur du judaïsme c'est l'universalité, alors le prophète, fondateur de la ritualisation est de la partie. Qu'a fait Moïse quand il met au point la pose des téphillin, le rachat du premier-né et la célébration annuelle de la sortie d'Egypte ? Quel est le sens de ces trois rituels ? Rien moins que sauver l'humanité, répondent les religieux. Nous sommes bien d'accord. Mais comment une série d'actes symboliques peuvent-ils agir sur la réalité du monde ? Dominique Aubier explique les effets, sur le système nerveux, sur le corps de l'individu, et sur le corps social, de la pose des téphillin. Ces rituels ont été calculés en raison de leur effet sur le système nerveux et sur la pensée. Moïse, le prophète bègue, les a conçus en fonction de leur emprise sur la chair. C'est en lui-même qu'il a vu l'ordre structurel dont le Tétragramme donne la formule.
Quant au rituel des premiers-nés : s'est-on aperçu que si l'Egypte est le pays des premiers-nés, sa langue serait-elle aussi de ce ressort ? Si l'hébreu est la langue du sens, son premier-né serait aussi une langue : celle précisément qui anime un En-face du royaume où règne l'alphabet. Quel est cet En-Face de l'hébreu où naît, en premier, une insurrection opposée à la direction d'essence divine ? Cherchez l'idiome et vous aurez le peuple, le pays et le drame ! Ce premier - né, pourtant, il faut le racheter à tout prix fut la consigne de Moïse, quelque soient les douleurs vécues. Faut-il racheter le crime du bourreau ? Le judaïsme a-t-il médité tous les enseignements de cette ordonnance ?
Restons modestes devant l'immensité des souffrances. Mais soyons capables de surmonter le pathétisme, d'autant que nous ignorons, depuis des siècles, ce que Moïse a compris et prévu. Aussi ce livre est-il salutaire en ce qu'il dégage ce que l'on croyait obscur, en ce qu'il libère ce que l'on pensait inaccessible : bien des éclaircissements, qui passionneront les égyptologues, mais également tout juif intéressé par sa propre tradition, nous renseignent sur la relation profonde unissant Israël et l'Egypte. L'auteur révèle la personnalité, le courage de Moïse. Elle étudie, au moyen des lettres hébraïques, le passage biblique où Moïse décrit son handicap verbal : le bégaiement. Sémiologie d'une souffrance. Le tableau clinique de la lésion mérite d'être pris en considération par les orthophonistes, car ce qui est en cause, c'est le circuit d'un nerf crânien, le grand hypoglosse. Le diagnostic que porte l'auteur sur cette difficulté langagière (la même qui frappe tant de jeunes enfants ?) complétera la compréhension des professionnels du langage qui, soyons sincères, demeurent démunis devant le phénomène.
8. Moïse et la solution finale
Pourquoi Moïse brise-t-il les Tables de la Loi ? Un mouvement d'humeur ? Non, dit le Zohar. Leur destruction est ressentie comme une souffrance équivalente à la mauvaise sortie de Gan Eden ! La véritable raison, c'est le retrait de la lettre Vav. Toujours et encore, les lettres hébraïques et leur sens !
Étonnant Moïse qui, au travers de son expérience de la sortie d'Egypte, a regardé loin dans les temps à venir, par le périscope de sa Connaissance. Il a vu qu'une seconde instance se produirait un jour, dans l'Histoire qui soumettrait son peuple à un joug autrement plus redoutable que celui de Pharaon... Le prophète a-t-il vu dans le temps se dessiner la solution finale visant à supprimer le peuple juif, et le retour des B'nei Israël en Canaan ? A-t-il sû que l'épisode de l'Egypte se renouvellerait, dans le futur, dans un autre pays ? La personne du Führer correspondrait alors à Pharaon, la " solution finale " à la politique d'esclavagisme meurtrier qui sévissait sur les hébreux en Egypte et la formation de l'Etat d'Israël à la sortie des israélites du pays d'Egypte. Mais analogie pour analogie, il resterait à vivre la réédition du don de la loi au Sinaï !
Voici enfin une lecture lucide de la Shoah ! Pourquoi l'holocauste ? Pourquoi le nazisme ? Qui est Hitler ? La pensée rationnelle n'a pas expliqué cette calamité. Il faut en effet éprouver ce personnage dans son essence, si l'on veut comprendre comment la figure d'Hitler a pu s'installer dans l'aura charismatique la plus puissante, dans le cadre lyrique de l'héroïsme national et y faire figure d'icône. L'auteur analyse les noms au filtre de l'hébreu : le sens est dans la symbolique des lettres. C'est donc lettre à lettre, grâce aux glyphes hébraïques qu'elle mène l'enquête sur l'identité du Führer. Quelle est sa neshama ? Hitler, reflet karmique de Pharaon ? Dominique Aubier procède à une enquête kabbalistique des éléments biographiques du dictateur, elle étudie sa numérologie, dévoile l'essence de son satanisme.
Lumineuse lecture de l'antisémitisme ! L'objectif nazi est de tuer jusqu'au dernier B'nei Israël de manière à ce que leur génie ne soit plus l'effet du souffle hébreu afin d'en prendre la place. Le défi s'adresse au principe de Création. Sans minimiser la souffrance d'autres peuples ayant subi des génocides, la spécificité du génocide juif réside dans ce principe. Ce qui justifie l'attitude juive dans sa revendication d'un génocide d'exception, c'est le fait qu'au travers de son existence, l'acte divin de la Création en ait été l'objet. La disproportion métaphysique s'ajoute à l'insoutenable de la tragédie vécue.
Dominique Aubier étudie la ressemblance entre l'hébreu et l'allemand au titre de la dialectique cerveau caché / aire somatosensorielle. Elle décape les conceptions de certains linguistes qui mettent le Gange au nombre des fleuves qui sortent d'Eden pour arroser le jardin germanique. Elle retrace l'histoire de la bouffonnerie qu'a été - qu'est toujours - la thèse de l'indo-européen, cet antique et introuvable indo-aryen d'origine. Or, écrit-elle, le nazisme s'appuiera sur cette thèse, opinion qui a gagné les écoles et les universités. Elle y fait toujours excellente figure, enseignée de nos jours encore comme vérité établie. L'auteur affirme, avec raison, que l'invention de la méthode globale d'apprentissage de la lecture n'est pas sans rapport avec la conviction aryaniste. Sa logique valorise l'unité verbale, le mot, et réfute la notion d'alphabet comme base engrammatique propre au cerveau, fait essentiel de la doctrine biblique. La méthode d'enseignement globale est donc clairement d'essence négationniste. Négation des lettres au profit de l'incertitude orthographique des syllabes. Une méthode qui va à l'encontre de l'évolution phylogénétique de l'espèce humaine dont la cérébration s'effectue autour de la reconnaissance du projet lettrique. L'Education Nationale aura-t-elle le courage de rétablir les priorités ?
9. Voir clair dans l'unité
Le dernier chapitre de cet ouvrage magistral conclut sur les travaux du systématicien Gregory Bateson dont l'auteur salue les efforts tendant à trouver, par la voie scientifique, le diamant du sens. Elle rend hommage à ce chercheur et sa fine perception des phénomènes de symétrie. Cependant, ajoute-t-elle, faute d'être rendu à l'unité, ses spéculations se heurtent à l'absence d'une donnée essentielle. C'est bien là tout le problème de notre culture mondiale : le principe d'unité ne lui est pas connu. La science en recherche la formule depuis plus d'un demi-siècle et les philosophies ne souhaitent même plus l'obtenir... Mais il y a la 23e lettre ! C'est elle qui détient le savoir qui permet de voir clair dans les procédures infaillibles de l'unité. C'est en ayant recours à elle que se rétablissent les normes fixes du réel. Signe de royauté structurelle, cette lettre possède la force d'apaisement qui accompagne l'intelligibilité de toute chose.
C'est en ce sens que cet ouvrage de Dominique Aubier constitue une œuvre de haute vertu civilisatrice. Il est le fruit d'une percutante rencontre. La science est remise à sa juste place, dans le cadre de la procédure efficace, initiatique et orthodoxe du Qorban. L'alphabet hébreu est établi dans son ontologie. Cette confrontation Connaissance et sciences, dans le respect scrupuleux de la priorité initiatique sur la démarche spéculative suscite, dans l'esprit du lecteur, la joie d'un Qorban intérieur : un arc électrique foudroyant tendu entre deux électrodes. Ce livre offre un apaisement universel, des retrouvailles avec soi-même. Une vision de l'histoire nous engageant au progrès, à la sublimation des blessures, à l'élévation de notre être par la conscience.
Note : l'ouvrage se compose de deux parties. Le livre proprement dit se déroule en 14 chapitres et les annexes en 9 mouvements. Le tout forme une œuvre sur 23 épisodes. 14 désigne numérologiquement le mot Yad : la main. 9 désigne la lettre Teth, qui a la puissance d'être le symbole... du symbolisme. L'auteur a donc glissé sa main d'écrivain dans le gant du symbolisme. Le symbolisme mis en œuvre étant celui du Qorban, je gage que l'Universel, répondra à l'appel de cet ouvrage-prière. Un livre porte-bonheur !
Dominique B. Roth | |
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