Lettres  Un désastre appelé prestige
Un méchant navire nommé Prestige vient de couler par trois mille cinq cent mètres de fond, en face des côtes de Galice. La puanteur s'épanche de ses flancs rouillés. La marée noire ravage les plages et les ports, ruine la pêche, provoquant une crise politique dans un pays scandalisé par un malheur qui met à mal son alimentation prédilecte. Il semble que l'Espagne subisse là son premier désastre maritime issu de l'activité pétrolière du monde. La France a été attaquée à plusieurs reprises par des naufrages polluants à proximité de ses rivages. Elle l'est encore et cette fois les goudrons arrivent de loin, transportés par les courants. Vents et vagues poussent en direction de nos côtes ces boules et ces galettes, ces nappes de mazout épaissi que l'eau gonfle dix fois. On dirait que la mer associe l'Espagne et la France, qu'elle les attache l'une à l'autre par ce cordon de deuil gluant. Dans quelle idée qui serait prestigieuse, à en croire le nom du bateau qui nourrit ce désastre ? Prestige ! Cette appellation se permet un humour bien noir. Empuantir des kilomètres de plages et de côtes de la Galice à la Bretagne, sans que rien s'interpose. Qu'observer ? L'absence de frontière naturelle entre les eaux territoriales des deux pays ? En vue de quelle idée ?
La mer est le symbole de la Connaissance, dans le lexique conceptuel de la Bible. L'histoire qui se raconte à l'encre noire du Prestige serait-elle du ressort du Sacré ? Il faut y regarder de près. En hébreu la mer se dit Iam. Qui s'écrit Yod Mem final. Le sens est clair : l'énergie cosmique (Yod) vise l'universalité (Mem final). Tel est le projet de la vie, propos dès lors de la Connaissance sacrée. Or la mer est le lieu de l'eau-élément et l'eau se nomme en hébreu Maïm. Ce deuxième vocable est solidement apparenté au premier Iam : il explique que la mer soit compétente pour symboliser la Connaissance sacrée. Pourquoi ? Parce que ses deux syllabes désignent les deux modes de savoir et penser qui coexistent dans la nature : celui de l'expérience et celui de la communication initiatique. La Science décrit ce qu'elle voit et elle voit les choses qui sont là, (Ma = Quoi). La Connaissance initiatique s'établit sur la capacité de percevoir le principe divin (Mi = Qui) en cela qu'il pénètre les choses. La loi métaphysique gouverne ces relations. Elle enseigne que le milieu cosmique inverse les informations qu'il reçoit de l'Invisible. De là que, dans le mot Maïm, la syllabe Mi soit en position inversée. Im par mimétisme graphique.
Une histoire prend toute sa hauteur quand elle se positionne dans le cadre de la mer : elle est au maximum de son pouvoir d'expression. Ce qui se dit alors participe de sa sagacité la plus précise et la plus intense. Le verdict qui s'énonce au moyen de la mer et de l'eau sera le plus décisif que la logique de la pensée cosmique puisse avancer vers la conscience humaine.
Conjectures, dira-t-on ! Spéculations sémantiques! Subtilités de peu d'importance si l'hébreu n'était la langue divine, l'idiome par lequel le système de vérité a été inoculé à la planète. J'en ai trop souvent éprouvé la sagacité, l'infaillibilité pour douter de la propriété qu'auraient la mer et l'eau - dites Iam et Maïm - de situer dans le registre convenable l'histoire qui se raconte à partir du Prestige englouti.
Cette Histoire a déjà un passé. Il y a eu le très dommageable sinistre de l'Erika. Le message qui s'exprimait au travers de son naufrage a été dégagé en son temps. On en trouve mention explicite dans le film de Joële van Effenterre Après la tempête qui circule en cassette bilingue. Le Verbe auquel notre religion catholique nous intime de croire parlait, par l'intermédiaire du nom Erika. Il suffit de transloquer ses lettres pour faire apparaître le message : Ari ké. Le déplacement des lettres à l'intérieur d'un mot est une méthode kabbalistique appelée " témoura ". Le procédé mime l'effet de translocation qui opère entre l'ADN et l'ARN-messager au plan de la prise de copie, dans le processus de formation d'une protéine. Par application de cette règle ontologique, le nom Erika fait entendre le contenu sémantique du message qui l'habite : le système de vérité (Ari en hébreu) vomit (Qé). Vomit le comportement humain et ses œuvres.
A cette déclaration de faillite s'ajoute à présent l'étiquette Prestige. Les deux événements sont reliés par la loi du Redoublement, bien connue de la Bible : Dieu parle une fois, nous l'entendons à deux reprises. Les lecteurs de mes livres Le Secret des secrets et La Face cachée du Cerveau sauront attribuer ce phénomène au dispositif cyclique inhérent à la formation phylogénétique et cytoarchitectonique du cortex, Modèle absolu, en ce qu'il est formé par deux sous-cycles de chacun trois couches. La répétition est le fruit de cet agencement. L'information qui meut sa structuration subit deux traitements consécutifs. Je les appelle familièrement le Bip et le BOP, le graphe en majuscules indiquant assez que le deuxième site est le lieu de la concrétisation formelle. Un effet de Bip-BOP s'avère repérable dans le fait qu'après le naufrage de l'Erika à proximité des côtes de France se soit produit celui du Prestige en face des bords atlantiques de l'Espagne, la pollution qui résulte de ce sinistre ayant une tendance naturelle à se déporter plus haut vers les rivages de l'Hexagone. La pollution issue de l'Erika a touché directement notre territoire, celle venant aujourd'hui du Prestige l'attaque de nouveau. La réitération du même type de désastre maritime s'avère parlante en français. Notre pays est concerné, contacté au niveau le plus intime de son âme, sa langue. La pollution issue de l'Erika comme celle venant aujourd'hui du Prestige concerne la France. Le navire qui s'est retourné dans la Manche, avec son chargement de voitures, s'appelle le Tricolore. Ce nom sans équivoque donne de loin la réplique au phénomène Prestige. Un accident à scruter sur toutes ses apparences.
Prestige est un nom qui devrait arrêter l'attention. Un mot dont l'étymologie latine dit qu'il est question de moquerie, de perfidie presque, d'illusion, en tous cas, au sens où un fait aberrant n'est pas perçu dans sa réalité, donnant prise à un point de vue erroné. " Prestige " laisse entendre que des causes surnaturelles auraient un effet de magie, une force d'expression fascinante. Le terme aurait un talent tout moderne pour désigner un fait qui frappe l'imagination, impose le respect, suscite l'admiration. Sa vertu irait jusqu'à atteindre les sommets du magnifique, sublimant toute chose en bon langage publicitaire. A croire qu'avec son nom le sinistre rafiot à coque poreuse raconterait une histoire extraordinaire. Et comme je fais confiance à la franchise des mots et des noms, je ne me demande pas quelle est cette histoire. Je la connais, l'ayant développée sur plusieurs livres. Mais elle est toujours à raconter ! Une histoire nécessairement sérieuse, s'écrivant sur la mer.
Le Prestige s'est noyé-brisé-crevé en face des côtes de la Galice. Écoutons ce que ce nom de province peut bien murmurer en lui-même, quand il se parle en hébreu. Gali : je découvre, je fais apparaître, je dévoile, je révèle. Cia : la sécheresse, la terre aride, le désert. Or, ce terme qui s'écrit en hébreu Tzadé, Yod, Hé contient le mot Tzi, (Tzadé, Yod) navire, vaisseau. Impossible de rédiger télégramme plus bref et plus contondant pour dire que le bateau intervient comme véhicule de la cause du drame, celui-ci étant dû à la sécheresse qui sévit sur la révélation, sur la doctrine de l'Esprit. La désertification impliquée concerne la connaissance du Sacré, puisqu'elle se manifeste par un drame maritime à proximité du territoire dont le nom décline ce message : Galicia. La province en cause est active dans l'histoire à raconter. Son nom en décline l'intention de départ.
La capitale de la Galice s'appelle Santiago de Compostela. Cette ville est célèbre depuis le onzième siècle comme centre d'attraction du pèlerinage le plus important que la chrétienté occidentale ait jamais connu et soutenu. Ses fidèles, en général des aristocrates fort cultivés, couvraient à pied toute la distance séparant le Nord de l'Europe du centre de l'Espagne, traçant une route de l'Esprit qui traversait la France, passant par Conques en Rouergue et Conches en Ouche. Ce tracé a de l'importance en soi. Il fait le relevé d'une voie de circulation spirituelle que certaines personnes ravivent encore aujourd'hui. Mais ce n'est pas ce qui m'épate. Ce qui vraiment me fait ouvrir les yeux tout grands c'est de constater que ce chemin s'avère parallèle à la liaison Espagne-France que le circuit du goudron a établi en pleine mer à partir des fuites du Prestige. Sauf que la courbe sur l'eau est remplie de pollution morbide tandis que le sentier sur terre a été suivi par la foi. Et cette foi avait pour emblème la coquille d'un bivalve marin. Les pèlerins de Saint Jacques voyageaient sous le signe de ralliement que leur était la carapace du mollusque appelé Pecten. Leur conviction avait un lien avec la mer. Avec la Connaissance ?
Toute enquête repose sur l'analyse minutieuse des détails. N'est-ce pas curieux ? La moitié seulement de la coque a été retenue comme emblème du pèlerinage à Compostelle et ce n'est pas la partie qui contient le corps de la bête à corail dont la chair est si savoureuse. L'emblème qui a été sacralisé n'utilise pas l'intégralité du bivalve. Il réfère à une seule de ses moitiés et, remarquablement, ce n'est pas celle, un peu creuse, où se love l'animal. Les fidèles à Saint Jacques ont valorisé la partie plate de la coquille, celle qui fait couvercle. Ce choix exprime une prédilection. Il est facile d'en dégager l'intention. Une valve vide, une valve pleine. Par cette dualité, la coquille représente l'unité cérébrale formée de ses deux hémisphères, celui " qui Sait ", celui " qui Fait ". Par analogie avec ces fonctions, la valve vide représente le " qui Sait ", tandis que celle qui reçoit l'animal dans son creux a la possibilité de figurer le " qui Fait ". Le savoir fondé sur la matière est toujours volumineux par rapport au contenu de la Connaissance. En choisissant comme emblème la valve plate, les pèlerins de Saint Jacques ont valorisé la doctrine " qui Sait ". La valve plate a été prise comme attribut significatif d'une certaine façon de penser. Un peu comme si, dans le mot Maïm qui nomme l'eau, on prenait pour emblème la syllabe Im, pas le Ma, pas le quoi, pas la chose. Pas la matière. L'information souveraine venue de l'Invisible. Composte-la. Et le nom de la capitale de la Galicia vous donne la directive à suivre : perfore ton billet de raisonnement pour qu'il soit valable. Et c'est vrai : l'idée se met en route. Il faut savoir pourquoi Pecten a été associé à la foi qui circulait de France en Espagne et retour. Parce que ce mollusque marin est le seul bivalve au monde qui ait la propriété de se déplacer ? Dans ce cas, voyage et valve plate formeraient un idéogramme. On pourrait y déceler l'attribut qui a fait la puissance symbolique de la Saint Jacques : il concernerait la capacité de se déplacer selon que la conçoit la doctrine du Sacré qui utilise la marche à pied comme signe fondamental d'action.
Si la déambulation est la clé du symbolisme, il faut regarder comment Pecten s'y prend pour se mouvoir dans l'eau. La Saint Jacques avance en faisant claquer ses valves l'une contre l'autre. Un jet d'eau s'expulse violemment. Le mollusque se déplace alors sur le même principe que les avions à réaction. L'eau est avalée puis rejetée, comme l'air pour un appareil en vol. La mobilité du bivalve devient alors une image de ce qui fait l'essence de la foi qui a pris centre à Compostelle. Cette image est à relier à la thèse biblique voulant que le Modèle Absolu soit d'essence corticale. On comprend alors que les valves de la coquille Saint Jacques représentent les deux hémisphères du cortex. Le pèlerinage qui traçait sa ligne entre le Nord de l'Europe et l'Espagne fournissait la mesure d'un déplacement d'importance collective. Sa dimension géographique était remarquable, couvrant un continent, une partie de la planète. Cette proportion donne à penser que le souci fonctionnel de la foi soumise au thème de Saint Jacques concernait le mouvement que devait accomplir une certaine unité évolutive majeure. Le cycle où la Chrétienté inscrit son histoire ?
Reportons-nous de nouveau à la motricité de Pecten et voyons en elle l'esquisse symbolique de ce que le dévot du pèlerinage entendait défendre. Le jet d'eau apparaît comme l'image de l'énergie qui sort d'une unité évolutive à deux hémisphères. Figurant l'énergie qui sort d'une unité et en pénètre une autre, la giclée, fruit du battement des deux valves, représente la procédure évolutive du relaiement à réaliser lorsque la vie passe d'un cycle à l'autre. Souci d'initié. Les gens de l'expérience ne savent pas comment un cycle se termine et comment naît le suivant. C'est affaire de Connaissance. Prestige ? Oui, prestige de la doctrine du Sacré : elle sait gérer les relais. Je n'en serais pas spécialement émue aujourd'hui si le vaisseau appelé Prestige ne s'était échoué par trois mille mètres de fond en face des côtes de Galicia, capitale Santiago de Compostela. Sur un ton de moquerie dévastatrice, le Prestige à l'envers nous raconte une histoire. Histoire considérable, elle met aux prises la logique de la métaphysique biblique et le fait que notre siècle soit un buveur de pétrole. C'est le style de fond : un récit de grande proportion spirituelle craché par un vomisseur d'ordures. Cette histoire montre comment un cordon antisanitaire de mazout apparaît à la place d'une liaison spirituelle qui n'a pas eu lieu entre l'Espagne et la France. La doctrine de vérité recueillie par Miguel de Cervantes dans Le Quichotte n'a pas été accueillie en France, à l'époque où elle aurait dû franchir les Pyrénées. Trois volumes d'exégèse explicitent la pensée du Prince des génies à l'égard de la condition métaphysique qui gouverne la pensée, la culture et surtout le devenir du Sacré. Là se trouve l'enseignement indispensable pour tout comprendre.
Nous n'avons pas l'habitude de lire les événements dans leur relation avec une force conductrice invisible. Cette puissance est formalisée dans la Bible, lisible dans la fameuse sentence : Ehyé acher Ehyé, Je suis celui qui sera. Si l'on sait en lire les lettres dans leur poids ontologique, on comprend très vite qu'Acher soit l'information véhiculée par le temps dont les épanchements ont constitué l'essor civilisateur. L'historien Marc Bloch l'appelait l'onde de base. Il a pu émettre le concept tout en déclarant qu'il n'y croyait pas. Ignorant la cause, il a été en situation d'en effleurer les effets sans pouvoir détecter leur nature. La métaphysique n'est pas le moteur de l'intelligence que nous avons officiellement de l'histoire. Le moment vient où il va falloir rétablir l'équilibre entre ce qui conduit la réalité et ce qui apparaît en elle. Le solstice de juin serait l'occasion du bon rassemblement si les participants aux journées mondiales de la Paix organisées par le Collectif 144M, Emergence 21 s'y préparaient en ouvrant leur esprit à la leçon qui nous remet en présence de l'Esprit.
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