Courrier du Lecteur Si, si, tu dois lire cet ouvrage... |
... répliqua Sabine à qui je venais d'expliquer que la voyance n'était pas au goût de mon esprit rationnel : je n'affectionne nullement les tireuses de bonne aventure lui disais-je, je crois au réel, au vrai, et n'admets que la force de la démonstration raisonnée. - Balivernes, coupa-t-elle, pointant le sous-titre de l'ouvrage: lettre ouverte à Jacques Chirac. Je lui rétorquai que, me connaissant depuis notre tendre enfance, elle aurait dû savoir que mon instinct naturel ne me portait aucunement vers la politique. Si, reprit elle obstinément, c'est précisément parce que je te connais que j'insiste ; tu dois lire ce livre de Dominique Aubier, et regarde bien le sous-titre complet de l'ouvrage : appel aux femmes en forme de lettre ouverte. Appel aux femmes - Oui, poursuivit ma cousine, qui effectivement me connaît par cœur, un appel aux femmes, dont je te recommande la lecture, justement parce que je ne voudrais pas qu'étant un homme tu te sentes à l'écart en raison d'une chose que tu ignorerais mais que moi je sache en tant que femme.
Je n'ai pas résisté plus longtemps à l'invitation qui m'était faite de pénétrer dans l'univers secret de la pensée féminine. J'ai ouvert le livre au hasard. Les yeux fermés, j'ai pointé mon doigt sur une page, et suis tombé sur la ligne : La mission de la France est d'offrir au monde une doctrine supérieurement humaniste et vraie. Était-ce une citation du général De Gaulle ? Non, c'est tout simplement Dominique Aubier, dont ma cousine avait omis de me dire si c'était un homme ou une femme, le prénom étant ambivalent. Peu importe, me dis-je, les mots mission, humaniste et vrai me plaisent. Si c'est un homme, je le considérerai comme un compagnon de lutte et je soutiendrai son livre. Si c'est une femme, eh bien tant pis, mon machisme en prendrait un coup, et je saurai aider cette féminité osant parler le langage du vrai.
Revenant à la première page après ce coup de sonde, tout s'est éclairci: Monsieur le Président de la République, écrit l'auteur, veuillez pardonner à la femme que je suis de n'avoir pas le sens des conventions. Le faux col amidonné manque à mon esprit. Il vous faudra user de mansuétude à l'égard du discours que j'ai l'intime conviction d'avoir à vous tenir. Supporter d'abord qu'il s'adresse à vous au travers d'un appel aux femmes. C'est qu'en général, elles ne sont pas encore vitrifiées dans l'importance fonctionnelle. Elles gardent sous la peau quelque liberté de sentir et de penser.
D'emblée, je suis séduit par le ton chaud de ce phrasé, vrai, direct d'une écriture entraînante. Le timbre, car on entend sa voix affleurer à chaque mot, est de bronze. L'Appel porte loin et, je le reconnais, de la première à la dernière ligne, j'ai lu ce livre d'une seule traite, sans me détacher de l'écho courageux qu'il soulève : les 180 pages de cette lettre ouverte adressée au président de la république, sont datées de 1995, et furent écrites au moment où ce dernier relança les essais nucléaires sur Mururoa, la possession de la bombe à neutron faisant l'honneur de notre nation.
Ces expériences, expliquait alors Dominique Aubier, sont de la plus haute gravité pour la survie de la planète. Elle enjoignait courtoisement Jacques Chirac d'engager, durant son septennat, - nous sommes en 1995, la France dans un désarmement atomique. Non par romantisme ou de vagues raisons écologiques. Mais parce qu'ayant lu les signes entourant le président, ceux qu'envoie la vie à tout moment et en tous lieux, l'auteur avait mis au clair un message essentiel concernant l'élection de Jacques Chirac à la présidence.
J'adore l'univers des signes, des symboles. Tout ce qui relève de la poésie emporte mon adhésion. Ma sensibilité rimbaldienne, toujours en éveil, a été comblée par cette approche du réel : pour Dominique Aubier, tout acte, toute parole, tout événement est porteur de sens. C'est pourquoi il est passionnant de lire ou relire pour ceux qui ont la chance de la posséder, cette étude en ce qu'elle permet de suivre la multitude des signaux symboliques, expression vivante du langage de la vie, qui ont informé, stigmatisé, averti l'Élysée. L'auteur procède à leur décodage à la lumière d'une technique incontestable.
Dominique Aubier, en effet, formée à l'école de la kabbale hébraïque qu'elle désigne comme la science de l'esprit, porte dans cet ouvrage sa puissance réflexive et son regard décapant sur le caractère qualitatif des événements ayant enserré la politique nucléaire de l'hexagone depuis 1945. Elle procède à une lecture signalétique de la première élection de Jacques Chirac à la présidence. Or, qui dit kabbaliste dit lecture scripturaire et nominalisme, assortie des techniques éprouvée par la tradition multiséculaire dont l'écrivain est une spécialiste : ce qui se dégage d'une telle expertise n'est pas du ressort de la seule opinion privée. C'est l'Univers, c'est la vie, entités inaliénables, qui s'expriment sous la plume de Dominique Aubier quand elle libère ce qui se dit sous le masque des apparences dont les signes sont les indicateurs sémantiques. Jacques Chirac, écrit-elle respectueusement, dont le patronyme flotte au grand pavois de la république, et dont le nom est audible en hébreu : chir hachirim. Seulement ton chant, en référence au Cantique des cantiques du roi Salomon. Des mots que tout bibliste reconnaîtra, et dont la translocation orthodoxe donnera : Reisch ha reischim. Et comme Reisch est la lettre qui désigne le cerveau, précise Dominique Aubier, Reisch ha reischim devient : Rosch ha roschim. En effet, ajoute-t-elle, on sait que le Cantique des cantiques n'a d'autre objectif que rendre intelligible l'ordre cortical qui est celui du modèle absolu, et que le modèle absolu mène le monde. Dominique Aubier se situe clairement au delà des clivages politiques pour ne s'intéresser qu'à la mission spirituelle de la France. Selon elle, le président Chirac est instamment prié, au plus près de l'autel qu'est pour lui son nom propre, de n'écouter rien qui ne soit issu du chant de l'Esprit. Il est appelé à jouer un rôle essentiel au service de la vérité. Il a été élu en vue de combattre pour l'Absolu, au moyen de la Culture véritable, celle de l'Esprit qui se connaît lui-même, socle et base de toute liberté. Dominique Aubier dresse un programme civilisateur de haute tenue intellectuelle à la hauteur de la mission française dans le monde et dont le chef de l'État - son nom convient à la mission -, pourrait devenir l'acteur.
Ce livre, d'une intelligence pointue, s'accompagne d'une rare élégance d'esprit. Le lecteur, stimulé à tout instant par une écriture pétulante, surfera avec joie sur les déferlantes de la puissante pensée qui s'y exprime.
Francis Pierson | |
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